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24/11/2015 08:38 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

Turquie : formation d'un nouveau gouvernement, frappé du sceau d'Erdogan

Le Premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu a présenté mardi son nouveau gouvernement, marqué par la présence à des postes-clé de fidèles du président Recep Tayyip Erdogan, dont le gendre a été nommé ministre de l'Energie.

La nouvelle équipe a été nommée plus de trois semaines après le triomphe du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) aux élections législatives anticipées du 1er novembre. Avec 49,5% des suffrages, celui-ci a regagné la majorité absolue qu'il avait cédée cinq mois plus tôt.

Ce nouveau cabinet inclut de nombreuses personnalités jugées proches du chef de l'Etat, le véritable homme fort du pays, dont Efkan Ala (Intérieur) et Binali Yildirim (Transports) et, surtout, son gendre Berat Albayrak, 37 ans, à l'Energie.

Ce dernier a récemment multiplié les apparitions au plus haut niveau au côté de M. Erdogan, qui lui avait fait une place lors de sa rencontre bilatérale avec le président américain Barack Obama au sommet du G20.

Plusieurs dirigeants internationaux avaient également assisté au mariage de Berat Albayrak, élu député après avoir dirigé jusqu'en 2013 le groupe Calik Holding spécialisé dans le textile, la construction et l'énergie, et la fille aînée de M. Erdogan, Esra, en 2004.

Ancien vice-Premier ministre chargé de l'Economie et apprécié du monde des affaires, Ali Babacan ne figure pas dans le nouveau cabinet. Il est remplacé à ce poste par l'ex-ministre des Finances Mehmet Simsek, qui a lui aussi la confiance des marchés.

Les clés du ministère des Affaires étrangères, un poste sensible dans une Turquie confrontée à de nombreuses crises régionales, ont été confiées à Mevlut Cavusoglu, qui récupère un portefeuille qu'il avait détenu jusqu'au mois d'août dernier.

Deux femmes ont fait leur entrée dans le nouveau gouvernement : Sema Ramazanoglu, aux Affaires sociales et familiales, et Fatma Güldemet Sari à l'Environnement.

Dans une courte allocution devant la presse, M. Davutoglu a affirmé que des "réformes structurelles" seraient engagées lors de son mandat de quatre ans.

- 'Environnement difficile' -

De nombreux défis attendent la nouvelle équipe gouvernementale. Elle devra notamment relancer une machine économique à bout de souffle et composer avec la reprise du conflit kurde dans le sud-est, la menace jihadiste et la crise syrienne.

Quelques heures avant l'annonce du nouveau gouvernement mardi, deux F-16 de la chasse turque ont abattu un avion de guerre russe, accusé d'avoir violé l'espace aérien de la Turquie près de la frontière syrienne.

"Le nouveau gouvernement arrive dans un environnement régional difficile", a souligné à l'AFP Bülent Aras, professeur de relations internationales à l'université Sabanci d'Istanbul et ancien conseiller de M. Davutoglu.

Après treize ans de pouvoir sans partage, le triomphe de l'AKP il y a trois semaines a sonné comme une victoire personnelle pour M. Erdogan.

La présence de nombreux proches au gouvernement illustre, selon plusieurs experts, sa mainmise quasi-totale sur la conduite des affaires du pays.

"Il n'y a personne dans ce gouvernement qui n'aurait pas reçu l'assentiment personnel de M. Erdogan", a expliqué Dogu Ergil, politologue et professeur de sociologie à l'université Fatih d'istanbul, "la balance penche franchement du côté du président".

Même s'il ne dispose pas de la majorité qualifiée des députés pour le faire, M. Erdogan a d'ores et déjà annoncé son intention de réformer la Constitution actuelle, issue du coup d'Etat militaire de 1980, avec l'ambition de transférer au chef de l'Etat l'essentiel du pouvoir exécutif actuellement confié au Premier ministre.

L'opposition s'oppose catégoriquement à ce projet, qui illustre selon elle la dérive autoritaire du régime.

Des fissures pourraient également apparaître au sein de la majorité à l'occasion du débat constitutionnel, anticipent déjà des experts.

"C'est quand ils commenceront à discuter sérieusement de la nouvelle Constitution, de la répartition des pouvoirs entre le président et le Premier ministre, que la véritable épreuve commencera", a estimé le politologue Fuat Keyman, directeur de l'institut de recherches Istanbul Policy Center.

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