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24/11/2015 04:14 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

La Turquie abat un avion de chasse russe

EN DIRECT - La Russie a perdu un chasseur-bombardier et un hélicoptère en l'espace de quelques heures dans le cadre de ses opérations militaires en Syrie. L'armée turque a abattu le chasseur russe - qui a violé son espace aérien, selon Ankara - alors que les rebelles syriens ont touché un hélicoptère à l'aide d'un missile antichar.

La Russie, qui confirme qu'un de ses chasseurs a été abattu par l'armée turque, contredit toutefois la version d'Ankara, précisant que son avion a été abattu en territoire syrien.

L'armée turque soutient, de son côté, que l'avion de chasse russe - un Sukhoï Su24 - a violé son espace aérien à plusieurs reprises et que les pilotes en avaient été prévenus à une dizaine de reprises en l'espace de cinq minutes avant d'être abattu.

Moscou soutient pour sa part que c'est un tir d'artillerie qui a abattu son chasseur et que l'incident a eu lieu en territoire syrien. La Russie dément que son chasseur ait franchi l'espace aérien turc et elle affirme avoir toutes les données de vol pour le prouver.

La chaîne de télévision turque Haberturk TV a montré le Soukhoï en flammes, en chute libre et qui s'écrase dans une zone boisée en dégageant une colonne de fumée. Une vidéo de l'agence de presse turque Anatolie montre les deux pilotes sautant en parachute.

Le porte-parole d'un groupe rebelle syrien a annoncé mardi, vidéo à l'appui, la mort d'un pilote russe après l'écrasement dans le nord-ouest de la Syrie. Sur les images envoyées à Reuters par ces rebelles, on voit un homme à terre, immobile et gravement blessé.

Quant à l'hélicoptère russe, touché par un missile antichar de fabrication américaine, il a pu se poser d'urgence à Lattaquié, sous contrôle des forces gouvernementales syriennes.

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Un incident militaire, selon Ankara

« Un avion russe Su-24 a été abattu conformément aux règles d'engagement après avoir violé l'espace aérien turc malgré les avertissements », ont indiqué à l'AFP des sources à la présidence turque.

L'état-major turc a confirmé, sur son site Internet, que le chasseur-bombardier russe avait été prévenu « dix fois en l'espace de cinq minutes ».

« Aux alentours de 9 h 20, un avion à la nationalité inconnue a violé l'espace aérien turc, en dépit de multiples avertissements, a déclaré l'armée turque. Deux de nos avions F-16 qui patrouillaient dans le secteur sont intervenus. »

« Nous avons dans le passé expliqué publiquement nos règles d'engagement militaires et rappelé à nos partenaires que toute violation de notre espace aérien provoquerait la riposte prévue par ces règles », a insisté sous couvert d'anonymat un responsable turc. « Ce n'est pas une action hostile envers tel ou tel pays, nos F-16 ont pris les mesures nécessaires pour protéger la souveraineté nationale turque. »

« Aujourd'hui, en territoire syrien, apparemment en conséquence de tirs provenant du sol, un SU-24 du groupe d'aviation russe en République arabe de Syrie s'est écrasé », a indiqué le ministère russe dans un communiqué. « Pendant toute la durée du vol, l'avion est resté exclusivement au-dessus du territoire syrien, poursuit le communiqué. Cela a été enregistré grâce à des méthodes fiables de contrôle. »

« L'avion volait à une altitude de 6000 mètres, précise le communiqué. Le sort des pilotes n'est pas encore déterminé avec certitude. Selon les premières informations, ils ont été en mesure de s'éjecter. » L'un des pilotes se trouve aux mains de combattants rebelles turkmènes du nord de la Syrie, selon la chaîne CNN Turk.

Des hélicoptères de l'armée russe sont toujours à la recherche des pilotes, rapporte l'agence de presse turque Dogan.

L'OTAN saisie du dossier

L'incident est survenu dans le nord-ouest du territoire syrien, au nord de Lattaquié, une ville qui est le théâtre de violents combats entre l'armée fidèle au président Bachar Al-Assad, soutenue par l'aviation russe, et des groupes de rebelles syriens.

L'ambassadeur de Russie à Ankara avait été convoqué, la semaine dernière, par le gouvernement turc afin de recevoir les protestations officielles au sujet des « intenses » bombardements russes de villages turkmènes dans le nord de la Syrie.

La Turquie avance que les bombardements de ces zones peuplées de civiles pourraient avoir de « graves conséquences », avait déclaré à cette occasion le ministère turc des Affaires étrangères.

La Turquie estime que 1700 personnes ont fui, en trois jours, le nord de la Syrie,, après des bombardements. Ankara est particulièrement sensible au sort des populations turkmènes du nord de la Syrie.

Outre les incidents régionaux intrinsèques au conflit armé en Syrie, où la Russie est débarquée il y a près de deux mois, la Turquie et la Russie ont des positions politiques opposées sur le dénouement de la guerre civile qui ravage la Syrie depuis maintenant plus de quatre ans.

Pendant qu'Ankara s'oppose au gouvernement du président Bachar Al-Assad, la Russie soutient ce dernier. L'incident détériore ainsi davantage les relations entre la Russie, qui a déjà indiqué qu'elle jugeait l'incident « très sérieux », et la Turquie, qui a saisi l'OTAN de la question.

L'OTAN, dont la Turquie est membre, tiendra d'ailleurs une « réunion extraordinaire », à Bruxelles, en après-midi. « L'OTAN suit la situation de près », a indiqué à l'AFP un responsable de l'alliance militaire. « Nous sommes en contact avec les autorités turques ».

Dans la foulée de ces positions politiques aux antipodes, les Russes, qui affirment combattre le terrorisme, bombarderaient davantage des positions rebelles au pouvoir de Bachar Al-Assad que celle du groupe armé État islamique (EI).

La Turquie s'était déjà plainte de la violation de son espace aérien par des avions russes depuis le début de l'intervention du pays en Syrie. Un avion russe avait dû être escorté par des chasseurs turcs lors d'un premier incident et la Turquie s'était également plainte que ses chasseurs avaient été harcelés par un MIG, sans en préciser la nationalité.

Des drones russes ont également été abattus par la Turquie en octobre dernier.

Anakara avait prévenu qu'elle n'hésiterait pas à défendre son espace aérien s'il était de nouveau violé.