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24/11/2015 03:37 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

Deux journalistes se retrouvent devant la justice du Vatican

VATICAN — Deux journalistes italiens auteurs de livres qui exposent les problèmes de gestion du Vatican se sont retrouvés devant la justice, mardi, en compagnie de trois personnes soupçonnées de leur avoir remis des documents confidentiels.

L'affaire est suivie de près par des groupes de défense de la liberté de presse. L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, Reporters sans frontières et le Comité pour la protection des journalistes ont notamment demandé au Vatican de laisser tomber les accusations qui pèsent contre Gianluigi Nuzzi et Emiliano Fittipaldi.

M. Fittipaldi et son avocat ont présenté une objection dès l'ouverture de l'audience, en faisant valoir qu'il lui est impossible de se défendre contre des accusations qui ne sont pas détaillées dans l'acte d'accusation. Leur requête a été rejetée après 45 minutes de délibéré et le procès reprendra maintenant lundi avec le témoignage des accusés.

Les deux journalistes sont passibles de peines de huit ans de prison s'ils sont reconnus coupable d'avoir violé la loi du Vatican en publiant des informations tirées de documents confidentiels du Saint-Siège.

Les deux hommes ont qualifié le tout de processus «kafka-esque» lors d'entrevues accordées lundi.

MM. Fittipaldi et Nuzzi risquaient techniquement d'être arrêtés en entrant sur le territoire du Vatican, même si cela aurait provoqué un incident diplomatique avec l'Italie. Ils s'y sont quand même rendus. en expliquant vouloir comprendre ce qu'on leur reproche et en faire rapport au monde.

M. Nuzzi a promis que personne ne les intimidera pour les empêcher de faire leur travail. Il a reproché au Vatican de chercher à détourner l'attention des détails compromettants qui ont été dévoilés.

M. Fittipaldi a dit ne pas savoir de quoi ils sont accusés. «Nous avons simplement publié des informations, qui n'ont pas été réfutées, et des documents qui dévoilent des scandales», a-t-il lancé.

Les deux journalistes sont italiens et une condamnation nécessiterait possiblement leur extradition. Ils ont dit croire qu'aucun juge italien n'autoriserait leur extradition, puisque la liberté de presse est garantie par la Constitution italienne et que Rome hésiterait à les extrader vers un État qui ne respecte pas les mêmes libertés fondamentales.

Les deux livres publiés plus tôt ce mois-ci exposent le gaspillage et la gestion inefficace du Vatican, l'avarice de certains cardinaux et évêques, et la résistance à laquelle se heurtent les réformes du pape François.

Les trois autres accusés étaient membres d'une commission formée par le pape pour réformer les finances du Vatican et trouver comment donner plus d'argent aux pauvres.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et le Comité pour la protection des journalistes ont tous deux demandé au Vatican de laisser tomber les accusations.