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24/11/2015 08:20 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

Avion russe abattu: comment, pourquoi et quelles conséquences?

La Turquie a abattu mardi un avion militaire russe à la frontière syrienne, suscitant la colère de Moscou et les craintes de la communauté internationale quant aux conséquences géopolitiques de cet incident.

Selon Moscou, l'avion était au-dessus du territoire syrien mais la Turquie affirme que l'appareil avait violé son espace aérien.

Pourquoi un avion russe se trouvait-il là?

La Russie est l'une des nombreuses nations impliquées dans le conflit syrien et Moscou, fidèle allié du président syrien Bachar al-Assad, a lancé le 30 septembre une campagne de frappes aériennes.

Les Russes affirment cibler l'organisation Etat islamique (EI) et d'autres entités "terroristes", mais des groupes rebelles syriens accusent Moscou de viser des combattants de l'opposition.

Le chasseur-bombardier russe abattu s'est écrasé dans l'extrême nord-ouest du territoire syrien, théâtre de violents combats entre l'armée syrienne, soutenue par l'aviation russe, et des groupes rebelles.

Dans quel contexte cet incident survient-il?

Depuis le début de l'intervention russe, les incidents de frontière se sont multipliés entre Ankara et Moscou et, début octobre, l'Otan a appelé la Russie à "pleinement respecter l'espace aérien de l'Otan et à éviter une escalade des tensions avec l'Alliance".

De manière générale, la Russie a pour réputation de tester les frontières des autres pays, en particulier en Europe du Nord et de l'Est, selon les experts.

Mais cette affaire "est complètement différentes des autres en Europe où il était difficile de déterminer si la Russie était simplement négligente ou délibérément provocatrice", note Keir Giles, un expert du centre de réflexion londonien Chatham House.

Ici, "la Russie connaissait parfaitement les risques", souligne-t-il.

Comment la Russie a-t-elle réagi?

Le président Vladimir Poutine a dénoncé un "coup de poignard dans le dos qui nous a été porté par les complices des terroristes", et averti Ankara que l'incident aurait des "conséquences sérieuses" sur leurs relations.

Le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a aussitôt annulé une visite officielle en Turquie et Moscou a déconseillé à ses concitoyens tout voyage en Turquie.

Mais pour Daragh McDowell, analyste pour Verisk Maplecroft Consultancy, le Kremlin "va vouloir minimiser" l'impact de cette affaire auprès de l'opinion russe.

"Ce n'est pas la seule crise que la Russie traverse en ce moment", souligne-t-il, en mentionnant l'Ukraine.

Et la Turquie de son côté?

Pour Daragh McDowell, les Turcs, exaspérés par la position russe sur la Syrie et "par les violations régulières" de leur espace aérien par des avions russes, pourraient se servir de cette affaire pour "accentuer la confrontation avec Moscou".

"Il y a un jeu très douteux de la part de la Turquie dans cette affaire", avance Jean-Claude Allard, ancien général et directeur de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) à Paris.

"Ce geste de la part des Turcs me semble signifier clairement qu'ils ne veulent pas entrer dans la coalition (anti-EI)", ajoute-t-il.

Quelles conséquences?

"Une escalade n'est pas dans l'intérêt des parties impliquées", estime Keir Giles.

"Il y a beaucoup de choses que la Russie pourrait faire pour riposter", ajoute-t-il. Mais, en raison des avertissements répétés de la Turquie sur la violation de son espace aérien, Moscou aura du mal à soutenir qu'abattre son avion constituait une "réponse excessive".

Reste que pour Alan Mendoza, de l'institut britannique de réflexion The Henry Jackson society, cet incident pourrait donner une dimension encore plus internationale au conflit syrien.

"Les actions unilatérales de la Russie et sa posture belliqueuse signifient que des clashs, accidentels ou délibérés, avec les Occidentaux et les forces de l'Otan", font désormais partie de l'équation, dit-il.

Selon Jean-Claude Allard, l'affaire pourrait également compliquer l'action du président François Hollande, qui cherche à convaincre les grandes puissances de participer au combat de la France pour "détruire" l'EI.

"Ce sera très difficile maintenant (pour M. Hollande) puisque la Russie va dire +Nous étions prêts à coopérer avec vous et nous avons été abattus par un pays qui fait partie de l'Otan, qui est votre allié de grande date et que vous n'arrivez pas à faire rentrer dans la coalition+", a dit l'expert.

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