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24/11/2015 08:45 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

Attentats : la maîtrise du temps des réseaux jihadistes

Face à la mobilisation sans précédent des forces de l'ordre, en France et en Belgique, il faut s'attendre à ce que les réseaux jihadistes s'enterrent plus profondément et attendent, peut-être des mois, pour repasser à l'action, selon des experts.

A moins, estime un spécialiste, qu'un "loup solitaire" agissant seul ne s'empare de sa kalachnikov pour une action désespérée qui aurait un retentissement extraordinaire, au regard de la proximité des attentats du 13 novembre à Paris.

"Le plus probable, c'est qu'ils ne vont rien faire pendant cinq, six mois, pour voir la réaction de la France, voir ce qui se passe" estimait récemment l'ancien juge antiterroriste français Marc Trévidic. "Leur idée, c'est la technique Ben Laden : ils espèrent qu'on va taper sur les musulmans, pour qu'ils se radicalisent encore plus facilement. Ça a été écrit comme stratégie par Al Qaïda il y a bien longtemps".

Commentant la mobilisation exceptionnelle de la police, la justice et l'armée pour enquêter, démanteler les filières connues et protéger les lieux sensibles, le magistrat a souligné lundi : "On ne peut pas vivre de façon pérenne comme ça".

"Les terroristes ne sont pas bêtes, ils attendront que ça se calme. (...) Ils ne tapent pas nécessairement au moment où on les attend le plus. Ils sont assez surprenants. Je ne suis pas sûr que c'est pendant la COP21 (qui s'ouvre le 30 novembre au Bourget) que ça pourrait se produire", a-t-il ajouté sur la radio France Inter.

Grâce aux pouvoirs que leur confère l'état d'urgence, prolongé jusqu'à fin février en France, les forces de l'ordre ont multiplié les perquisitions administratives, visant des suspects et des réseaux surveillés de longue date, contre lesquels elles n'avaient la plupart du temps pas assez de charges pour entamer une procédure judiciaire.

Depuis l'entrée en vigueur de la législation d'exception, il y a dix jours, 1.233 perquisitions ont été effectuées, dont plus de 300 en région parisienne, conduisant à 165 interpellations, 142 gardes à vue, la saisie de 230 armes et 266 assignations à résidence.

"Ils ont mis le paquet, c'est un gros coup de pied dans la fourmilière, une première dans notre histoire" assure à l'AFP un ancien analyste des services antiterroristes de la DGSE, qui demande à rester anonyme.

"Je vois mal les terroristes être en capacité de monter quoi que ce soit dans un futur proche. Le plus probable, c'est que les gars plongent plus profond dans la clandestinité, planquent tout et attendent. Trop de policiers, de militaires dans les rues, de perquisitions. Ceux qui sont encore libres sont surtout occupés à ne pas se faire attraper".

- 'Ils attendent qu'on se fatigue' -

Le problème, assurent le juge et l'ancien analyste, c'est que pour l'instant les réseaux jihadistes ont toujours été maîtres du temps, dictant dans le sang leurs agendas à des démocraties occidentales forcées de réagir, souvent avec un coup de retard.

"Ils ont toujours eu, du moins pour l'instant, la maîtrise du calendrier", regrette l'analyste.

"On ne sait pas quand ça va arriver, ils jouent avec nos nerfs", abonde Marc Trévidic. "Malheureusement, ces dernières années, ils choisissaient toujours le moment, le lieu. Ce qui est intéressant, avec ce qui se passe en ce moment, c'est qu'on va renverser la vapeur, on va choisir le moment et le lieu, notamment par la guerre sur le terrain, en Syrie et en Irak".

Si les réseaux ou les équipes constitués ont peu de chances d'être en mesure de monter un complot d'envergure, il est impossible d'exclure l'action d'un jihadiste isolé, peut-être motivé par les appels à l'action enregistrés en Syrie et en Irak, qui se sont multipliés sur internet au cours des derniers jours.

"Il ne faut pas exclure l'action d'un gars isolé, ou qui sent qu'il va se faire serrer, et qui passe à l'action tout seul, avec sa kalachnikov", ajoute l'analyste. "Ce n'est pas le plus plausible, je dirais qu'il y a 15 à 20% de chances, et 80% qu'ils attendent qu'on se fatigue avant de monter une autre action. Mais si jamais un d'entre eux parvient à monter quelque chose dans les deux semaines qui viennent, on serait vraiment mal".

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