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24/11/2015 03:59 EST | Actualisé 24/11/2016 00:12 EST

Antonio Costa, artisan controversé d'une union de la gauche inédite

Vieux routier de la politique portugaise, le socialiste Antonio Costa, 54 ans, a raté son pari de gagner les élections législatives, mais réussi un retour en force en accédant mardi au poste de Premier ministre, grâce à une alliance inédite avec la gauche radicale.

Taxé d'usurpateur par la droite, il restera dans l'histoire du Portugal comme celui qui a fait tomber le mur séparant depuis 40 ans le Parti socialiste, pro-européen et modéré, et le très orthodoxe Parti communiste.

S'il répète à l'envi que "le PS n'est pas Syriza", il a brisé un autre tabou de la politique portugaise en s'associant parallèlement au Bloc de gauche, proche du parti au pouvoir en Grèce.

Après son élection à la tête du PS il y a un an, Antonio Costa paraissait bien placé pour rééditer son exploit sur un plan national, mais c'est la droite qui l'a emporté le 4 octobre, toutefois sans majorité absolue.

Un discours tourné tantôt vers les électeurs de gauche, tantôt vers ceux du centre, avait brouillé la campagne électorale de l'ancien maire de Lisbonne.

A la recherche d'une troisième voie, il se pose en défenseur d'une alternative à l'austérité, sans pour autant vouloir révolutionner l'Europe ou bafouer ses règles.

- Fin négociateur -

Réputé fin négociateur, il a signé des accords, certes fragiles et contestés par l'aile modérée du PS, avec les partis de la gauche radicale qui lui ont permis d'accéder au pouvoir sans avoir été victorieux dans les urnes.

Plus populaire que son parti, il a fait de son bilan à la tête de la mairie de Lisbonne (2007 à 2015) son principal argument dans la course au poste de Premier ministre.

Affable et jovial, il a cherché le contact avec les Lisboètes, installant en 2011 ses bureaux dans le quartier défavorisé de la Mouraria, haut lieu de la drogue et de la prostitution.

Mais il n'a jamais enterré ses ambitions nationales. Persévérant, voire obstiné, il a bâti sa carrière avec la même patience dont il fait preuve lorsqu'il assemble des puzzles de mille pièces, son passe-temps favori.

Né le 17 juillet 1961 à Lisbonne, le petit Antonio grandit dans les milieux intellectuels fréquentés par ses parents, la journaliste Maria Antonia Palla, une socialiste, et l'écrivain communiste Orlando da Costa, descendant d'une grande famille de Goa, ancien comptoir colonial portugais en Inde.

Dès 14 ans, "Babush" ("enfant" en konkani, la langue de Goa) s'engage dans la Jeunesse socialiste. Une licence en droit et science politique en poche, il devient avocat en 1988.

Supporter du club de football du Benfica, il est marié et père de deux enfants. Il avoue sa passion pour la cuisine, le cinéma et le fado.

Avec son éternel sourire, il affiche un style décontracté, mais ne cache pas un caractère parfois volcanique: "une chose est sûre, je ne ferai pas d'ulcère", reconnaît-il.

- L'héritage de Socrates -

A 34 ans, il est nommé secrétaire d'État aux Affaires parlementaires, un poste clef dans le gouvernement minoritaire d'Antonio Guterres, puis il devient ministre de la Justice (1999-2002).

Après un bref passage au Parlement européen (2004-2005), il est promu ministre de l'Intérieur et numéro deux du gouvernement de José Socrates, qu'il quitte en 2007 pour la mairie de Lisbonne.

L'héritage de l'ancien Premier ministre s'avère lourd. C'est ce dernier qui sollicite une aide internationale en avril 2011 alors que le pays est au bord du précipice. Puis, en novembre 2014, il est mis en examen pour corruption et blanchiment d'argent.

Les socialistes sont en état de choc, deux mois après avoir assisté au duel fratricide entre M. Costa et Antonio José Seguro, alors chef du parti, auquel il reprochait une victoire trop étriquée lors des élections européennes.

Il finit par l'évincer de son poste, à l'issue d'élections primaires ouvertes aux sympathisants du PS, remportées avec 67,8% des suffrages. Sans imaginer qu'un jour ce serait lui qui manquerait de voix pour faire gagner son parti.

bh/ode/pt