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20/11/2015 22:17 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Contre les talibans, l'ex-chef de guerre afghan Dostum s'allie à ses ennemis d'hier

Il y a quelques mois, lorsque les rebelles talibans ont étendu leur insurrection à son pré carré du nord afghan, le général Abdul Rachid Dostum a vu rouge. L'ancien chef de guerre a battu le rappel de ses fidèles mais s'est aussi allié à ses ennemis d'hier.

Le fantasque général, issu de la minorité ouzbèke, entretient savamment un côté bravache et n'hésite pas à lancer des déclarations tonitruantes contre les talibans, ses pires ennemis. Depuis le début de l'année, les insurgés islamistes ont débordé de leurs fiefs traditionnels du sud et de l'est de l'Afghanistan pour s'attaquer au nord.

Alors quand ils ont réussi quelques percées dans la province de Faryab, son bastion, le général Dostum a revêtu son uniforme, a appelé ses deux fils en renfort et s'est rendu sur la ligne de front pour galvaniser les troupes.

Las, la contre-offensive n'a pas donné grand chose et les talibans ont presque réussi à s'emparer de Maïmana, la capitale provinciale, lors d'une offensive qui a fortement rappelé celle, réussie, de Kunduz, grande ville du nord prise et tenue pendant trois jours par les islamistes en septembre.

Pour défendre Faryab, le général Dostum a recours aux services de milices privées, une stratégie risquée mais désormais relativement commune à travers le nord afghan.

Signe de la précarité de la situation, il a joint ses forces avec son ennemi d'hier, Atta Mohammed Nour, l'autre homme fort du nord afghan et ancien chef de guerre.

Cette alliance inédite donne lieu à des scènes inimaginables il y a quelques années encore. Sur le champ de bataille les hommes du Junbish-e-Milli, la formation du général Dostum, fraternisent, partagent leurs armes et leurs informations avec ceux du Jamiat-e-Islami, le mouvement d'Atta Mohammed Nour.

- "Mettre les talibans à genoux -

Mais le général Dostum entend bien être l'unique meneur d'hommes dans la région. "Le général Dostum n'est pas ingénieur, le général Dostum n'est pas médecin, le général Dostum a un doctorat en anéantissement de talibans", disait-il de lui-même au début de l'année dans la presse afghane, avant d'ajouter: "je vais mettre les talibans à genoux".

Au-delà des fanfaronnades, l'alliance du général Dostum et d'Atta Mohammed Nour a déjà un impact sur le terrain. Leur collaboration a largement contribué à ce que Maïmana ne connaisse pas le même sort que Kunduz, lors de l'offensive des talibans contre la ville le 4 octobre.

"Avant ils se faisaient la guerre et le résultat était nul", explique Hafizullah Fetrat, directeur de la section locale de la commission indépendante des droits de l'Homme. "Leur alliance a permis de réduire les violations des droits de l'Homme. Elle donne de l'espoir aux gens parce qu'ils ont surmonté leurs rivalités passées pour combattre un ennemi commun qui est plus fort que jamais".

A Faryab, le général Dostum, qui est aussi vice-président afghan, fait l'objet d'un culte de la personnalité. Les affiches ornées de son visage rond et de sa moustache broussailleuse sont dans toutes les rues. "Les gens ont confiance en Dostum. Les plus humbles vendent même leur bétail pour acheter des armes et se battre pour lui", raconte un habitant de Maïmana.

"Il sait motiver les gens même lorsque le moral est bas", renchérit un commandant du Jamiat-e-Islami sous couvert de l'anonymat.

Mais le général Dostum est aussi connu pour ses colères homériques et son passé plus que trouble. En 2001, il avait fait prisonniers des milliers de talibans qui ont été ensuite exécutés ou sont morts asphyxiés dans les conteneurs où ses troupes les avaient entassés.

Et il continue à incarner le chef de guerre afghan, estime Brian Williams, auteur d'une biographie. "Dostum est la quintessence du leader charismatique qui protège ses fidèles par les armes", dit-il. "Cette tradition se perpétue mais les nouveaux dirigeants afghans comme le président Ashraf Ghani, au style occidental, s'en accommodent très mal".

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