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21/11/2015 01:31 EST | Actualisé 21/11/2016 00:12 EST

Après Voltaire, Hemingway: lorsque la France est attaquée, elle brandit les livres

Le "Traité sur la tolérance" en janvier, "Paris est une fête" en novembre: après les attentats qui ont meurtri Paris cette année, deux livres sont devenus des symboles aux yeux des Français, pour qui la littérature incarne les valeurs de résistance et de refuge.

"Répondre à la barbarie par des livres, c'est très français. Ca nous rappelle que la France est une nation de tradition littéraire", explique à l'AFP le journaliste et écrivain Pierre Assouline.

"Notre rapport au livre s'inscrit dans ce qu'on appelle l'exception culturelle française", ajoute ce membre de l'académie Goncourt, qui délivre chaque année le prix littéraire le plus prestigieux du monde francophone.

Comme le "Traité sur la tolérance" de Voltaire après les attaques du début d'année contre hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, des policiers et un supermarché casher, le roman d'Ernest Hemingway "Paris est une fête" a connu un immense regain de popularité depuis les attentats du 13 novembre.

L'ouvrage, qui relate le séjour de l'écrivain américain à Paris dans les années 1920, s'arrache dans les librairies de la capitale.

Tout est parti de son évocation par Danielle, une septuagénaire venue rendre hommage aux victimes au lendemain des attaques, dans un émouvant témoignage télévisé massivement relayé sur les réseaux sociaux.

Il est désormais classé en tête des ventes en ligne en France et son éditeur Folio annonce une réimpression à 20.000 exemplaires.

Publié de manière posthume en 1964, trois ans après la mort d'Hemingway, il peut se lire comme un hommage à une ville, vibrante de culture.

"Si vous avez eu la chance d'avoir vécu à Paris lorsque vous étiez un jeune homme, alors, où que vous alliez pour le reste de votre vie, elle reste avec vous, car Paris est une fête", écrit l'auteur de "Pour qui sonne le glas". "Tel était le Paris de notre jeunesse, au temps où nous étions très pauvres et très heureux", se souvient-t-il.

Aujourd'hui, des exemplaires sont déposés devant les vitrines mitraillées par les jihadistes ou brandis pendant les minutes de silence en hommage aux victimes.

- 'La culture face à l'obscurantisme' -

"Moins que le récit lui-même, c'est sans doute le titre du roman d'Hemingway, +Paris est une fête+, qui est symbolique, alors que c'est le message de l'essai de Voltaire, son contenu politique et moral, qui était la réponse aux attentats de janvier", relève Pierre Assouline.

Pour Bertrand Mirande, responsable éditorial chez Folio, "le livre nous relie à notre histoire, à notre passé, à notre civilisation et nous permet d'opposer la culture à l'obscurantisme, la culture à la barbarie".

Les 28 pays de l'Union européenne se sont engagés vendredi à soutenir davantage la culture en Europe, "l'une des réponses essentielles à l'intolérance, la xénophobie, l'obscurantisme, aux fanatismes de tous genres".

"La lecture peut-elle être une thérapie, peut-elle nous permettre d'appréhender ce qui s'est passé ?", s'interrogeait jeudi le critique littéraire François Busnel, animateur sur la télévision publique France 5 d'une émission, "La Grande Librairie", consacrée cette semaine aux attentats de Paris.

"Après le mois de janvier j'ai voulu relier les événements à des lectures passées", a répondu Sigolène Vinson, chroniqueuse judiciaire rescapée de l'attaque contre Charlie Hebdo qui, après avoir songé à relire "Crime et Châtiment" et "Les Possédés", de Dostoïevski, a finalement opté pour "Moby Dick", d'Herman Melville.

"Parce que c'était un grand livre, que j'avais besoin de quelque chose qui me dépasse, parce que j'étais dépassée par tout", a-t-elle expliqué.

Continuer à lire, à réfléchir, à penser le monde, c'est aussi l'argument avancé par Antoine Leiris, un journaliste dont sa femme a perdu la vie le 13 novembre dans la tuerie du Bataclan. Il est l'auteur d'un message humaniste, "Vous n'aurez pas ma haine", qui a eu un écho mondial sur les réseaux sociaux et dans la presse.

Évoquant cette semaine son petit garçon de 17 mois, il a dit vouloir l'aider à "garder les yeux ouverts sur la culture, sur les livres". "J'espère lui donner les armes pour qu'il se tienne debout. Mais des armes de papier, de pinceaux, de notes de musique et pas des kalachnikovs."

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