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20/11/2015 02:34 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

"Vous n'aurez pas ma haine", "je retournerai à des concerts", lancent des Français aux jihadistes

Ils ont perdu un proche, ont cru mourir sous les balles ou sont juste solidaires: depuis le carnage de Paris il y a une semaine, quelques témoignages poignants bouleversent le monde entier.

"Depuis vendredi, j'ai peur des portes qui claquent. Mais j'ai envie d'aller voir des concerts", raconte Louise, qui a réchappé par miracle aux balles des jihadistes qui ont aveuglément fauché 89 personnes dans la salle de concerts du Bataclan.

D'un rythme saccadé, elle décrit les scènes d'horreur vécues dans un témoignage publié vendredi par le quotidien Libération: "l'odeur de sang chaud", le "regard vide d'un type" qui "tombe", sa fuite "pieds nus" au travers d'une porte vitrée cassée.

Blessée à la tête, elle interroge les sauveteurs: "J'ai eu 5 millimètres de chance, en fait ?" Ils répondent: "plutôt 2 mm".

Dans un message humaniste qui a fait le tour du monde, Antoine Leiris, journaliste dont l'épouse est morte au Bataclan, avait en début de semaine lancé à ses tueurs: "Vous n'aurez pas ma haine".

Sa tribune a été partagée plus de 210.000 fois et relayée par près de 10.000 tweets en plusieurs langues. Elle a été largement rediffusée par la presse mondiale, dont les chaînes CNN et BBC, qui ont aussi interviewé son auteur.

- 'Vous voulez que j'aie peur. Perdu' -

L'une de ses phrases, "Vous voulez que j'aie peur, peine perdue!", a même fait la Une jeudi du grand magazine allemand "Der Spiegel".

"Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n'aurez pas ma haine", a écrit ce journaliste de radio, père d'un garçon de 17 mois.

Un plaidoyer qu'il a rédigé juste après avoir identifié la dépouille de son épouse.

"Je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant, mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j'aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu", ajoute-t-il.

"Toute sa vie, (mon) petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car non, vous n'aurez pas sa haine non plus", poursuit-il.

"J'ai reçu des dizaines de messages du monde entier" après ce texte, a expliqué Antoine Leiris sur la radio France Info. "C'est la meilleure réponse à donner, ils n'auront pas ce qu'ils cherchent".

"Je ne veux pas que mon fils grandisse dans la haine". "J'espère lui donner les armes pour qu'il se tienne debout. Mais des armes de papier, de pinceaux, de notes de musique et pas des kalachnikovs".

- Ode à la France -

Autre texte devenu viral, le commentaire d'une internaute française vivant aux Etats-Unis, sur le site du New York Times: une véritable déclaration d'amour au mode de vie à la française, allant de ses "croissants au beurre" au "sexe hors mariage", "tout ce que haïssent les fanatiques religieux".

"La France incarne tout ce que haïssent les fanatiques religieux partout dans le monde", débute le texte, signée d'une Française prénommée Laurence, qui vit en Californie depuis 30 ans.

"La joie de vivre par une myriade de petites choses, comme le parfum d'une tasse de café et des croissants au beurre le matin, de belles femmes en robe courte souriant librement dans la rue, l'odeur du pain chaud, une bouteille de vin partagée entre amis, un soupçon de parfum, les enfants qui jouent dans les jardins du Luxembourg, le droit de ne croire en aucun Dieu, de ne pas se soucier des calories, de flirter, fumer, d'apprécier le sexe hors mariage, de prendre des vacances, de lire n'importe quel livre, l'école gratuite, de jouer, rire, de débattre, se moquer des prélats comme des politiciens, de laisser aux morts le souci de la vie après la mort".

"Aucun pays sur Terre n'embrasse la vie aussi bien que les Français", a expliqué cette Française sur la chaîne française Canal+.

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