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20/11/2015 07:27 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Russie: le journal Vedomosti, critique du pouvoir, perd à regrets ses actionnaires étrangers

Le quotidien économique Vedomosti, l'un des rares médias critiques du pouvoir en Russie, va passer entre les mains d'un homme d'affaires russe après le départ de son capital annoncé vendredi des éditeurs du Financial Times et du Wall Street Journal, conséquence d'une nouvelle loi controversée.

L'entrée en vigueur le 1er janvier de ce texte adopté en pleine crise ukrainienne, qui limite à 20% la présence des étrangers dans le capital des médias russes, provoque actuellement de grandes manoeuvres dans ce secteur soumis à un contrôle croissant du pouvoir.

Le sort de Vedomosti, quotidien libéral fondé en 1999 très suivi des milieux financiers et aux éditoriaux féroces contre le président Vladimir Poutine, était particulièrement attendu tant il constitue une exception dans le paysage médiatique actuel.

Dans un communiqué, les groupes de médias britannique Pearson (en train de vendre le Financial Times au japonais Nikkei) et américain Dow Jones indiquent avoir trouvé un accord pour vendre leurs participations respectives de 33% à l'homme d'affaires Demian Koudriavtsev, qui détenait le tiers restant. Le montant de la transaction, qui doit être bouclée avant la fin de l'année, n'a pas été précisé.

Journaliste de formation, entrepreneur actif dans le secteur de l'internet et auteur, M. Koudriavtsev est décrit par la presse russe comme ayant été proche de l'ex-oligarque russe Boris Berezovski, opposant à Vladimir Poutine retrouvé mort en 2013 dans sa résidence au Royaume-Uni, où il s'était réfugié.

Il a dirigé un autre journal économique, Kommersant, de 2006 à 2012, à une période où la réputation d'indépendance éditoriale de ce quotidien s'est affaiblie.

Ce quadragénaire était entré dans le capital de Vedomosti au printemps en rachetant la part du groupe de médias finlandais Sanoma, un tiers du capital de Vedomosti.

Pearson et Dow Jones se sont dits "très fiers du travail accompli avec Vedomosti et de (leur) contribution à la presse indépendante en Russie ces 15 dernières années". Ils ont assuré que le Financial Times et le Wall Street Journal, les bibles des milieux financiers, allaient continuer à fournir des contenus à Vedomosti "pour apporter des informations internationales de haute qualité aux lecteurs en Russie".

M. Koudriavtsev, sur le site de Vedomosti, a assuré que le quotidien défendrait "les intérêts de ses lecteurs en leur apportant de manière impartiale et rapide les informations importantes".

- La rédaction "regrette" -

Mais la rédactrice en chef Tatiana Lyssova n'a pas caché une certaine amertume. "Sans les changements législatifs, nos propriétaires étrangers seraient restés et toute notre rédaction regrette que ce ne soit pas le cas", a-t-elle indiqué sur Facebook.

Elle a précisé que M. Koudriavtsev lui avait proposé de conserver son poste mais que cela dépendrait "de la manière dont vont se mettre en place les relations avec notre nouvel actionnaire".

Promulguée en 2014, la loi en question a été rédigée notamment par des députés ultranationalistes et communistes pour défendre la Russie des "ingérences étrangères" en pleine crise ukrainienne.

Reflétant les craintes des milieux libéraux, l'éditorialiste Andreï Babitski dénonçait au moment du vote du texte une volonté de "priver les rares médias privés de leur dernière défense contre l'arbitraire".

Le texte a provoqué des départs en série de médias étrangers de Russie, des chaînes de télévision pour enfants aux magazines spécialisés en passant par la presse traditionnelle.

Si certains ont choisi de rester en abaissant leur participation, comme dans l'audiovisuel les américains Disney et Discovery, d'autres, avant Pearson et Dow Jones, ont déjà choisi de claquer la porte.

C'est le cas du géant allemand Axel Springer pour ses titres en Russie: les magazines GEO, OK! et surtout l'édition russe de Forbes, comme Vedomosti très influent dans les milieux économiques.

Le propriétaire du tabloïd Bild, le quotidien le plus lu d'Allemagne, a cédé ses titres à l'homme d'affaires russe Alexandre Fedotov, qui possède des magazines de mode, de design ou des revues sur le golf.

Ce dernier a déjà prévenu qu'il trouvait actuellement Forbes "excessivement politisé" et estimé que ce magazine pouvait se passer par exemple de publier les salaires des hauts fonctionnaires. Publié cette semaine, le dernier classement des salaires des dirigeants russes d'entreprises place en tête les directeurs du gazier Gazprom, de la banque VTB et du pétrolier Rosneft, tous publics.

gmo/nm/lpt

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