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20/11/2015 10:33 EST | Actualisé 22/11/2015 10:43 EST

Réfugiés syriens: Le défi d'intégrer les enfants de la guerre à l'école

Anadolu Agency via Getty Images
BEIRUT, LEBANON - NOVEMBER 19: A kid looks out through their tent at the Beqaa Valley refugee camp in Beirut, Lebanon on November 19, 2015. (Photo by Ratib Al Safadi/Anadolu Agency/Getty Images)

QUÉBEC – L’accueil de quelque 1 000 petits Syriens dans les écoles du Québec posera un défi considérable, conviennent les experts. Les ressources seront-elles au rendez-vous?

Ces enfants arrivent d’une zone de guerre soumise aux combats et aux bombardements, rappelle Maryse Potvin, professeure au département d’éducation de l’UQAM. «Les phénomènes de syndrome post-traumatique qu’on peut voir chez les enfants, ce sont des cauchemars, des souvenirs répétitifs envahissants, dit-elle. Ils peuvent fuir l’école parce qu’ils ont peur qu’un événement se reproduise ou ne pas faire confiance à leur environnement immédiat.»

D’autres souffriront d’une anxiété qui les oblige à avoir un parent présent dans la classe d’accueil pour les rassurer. «Certains vont connaître un phénomène de régression et recommencer à faire pipi dans leur culotte, par exemple», ajoute Maryse Potvin, qui a travaillé avec de jeunes réfugiés dans le cadre de ses recherches.

Depuis quelques mois, Sébastien Stasse est aux premières loges pour voir les effets de la guerre civile sur les jeunes syriens qui fréquentent les classes de francisation de l’école Alex Manoogian, basée dans le quartier Ville Saint-Laurent à Montréal.

Les effets psychologiques sur les enfants syriens sont bien plus grands que chez les petits Irakiens que son école accueille depuis six ans, explique le directeur général de l’établissement. Alors qu’en Irak les combats se déroulaient en périphérie, les Syriens ont été témoins directement des combats.

«Ils ont des voisins qui ont été tués, des amis, des parents, explique Sébastien Stasse. Ils ont vraiment vécu la peur, ils se sont cachés.»

«Ce sont des enfants qui sont en mode survie», dit-il.

Par exemple, un élève de neuf ans qui fréquente son école doit vérifier au trente minutes que son frère de six ans, dans une autre classe, se porte bien. Un autre écolier a peur des avions de ligne qui passent au-dessus de la cour de récréation. En Syrie, le bruit d’un avion pouvait être le signe d’un bombardement imminent.

Le deuil du pays

Pour encadrer ces enfants, comme leurs parents, Ghayda Hassan et son équipe forment présentement des intervenants psychosociaux aux particularités des réfugiés syriens. La professeure au département de psychologie de l’UQAM a dirigé l’élaboration du rapport du Haut-Commissariat aux Nations Unies sur les réfugiés syriens.

En effet, ceux-ci présentent des problématiques peu fréquentes pour les intervenants québécois. «Ils doivent faire le deuil de leur pays, de leur maison, de leur statut social», illustre Ghayda Hassan. D’autres ont été torturés et présentent des symptômes physiques et psychologiques particuliers.

Il faut aussi tenir compte des aspects religieux et culturels lors de l’intervention. «La religion influence notre façon d’exprimer notre détresse et de comprendre d’où elle vient, dit Ghayda Hassan. […] Ces croyances-là peuvent être importantes pour le patient, pour l’aider à comprendre son monde ou même à guérir.»

L’école devra donc s’adapter à la réalité de ces jeunes au lourd passé. Sébastien Stasse compare l’idée que se font certains Québécois de ces enfants à «Tintin au Congo». «C’est un peu l’image des colonisés, dit-il. On croit qu’ils vont être contents d’arriver, donc ça va bien se passer. Mais ça ne fonctionne pas comme ça.»

Mais avec le temps, et les ressources nécessaires, la situation reviendra à la normale. «Les jeunes réfugiés sont très contents d’aller à l’école québécoise, dit Maryse Potvin. Ils s’y sentent en sécurité.»

Parler de la guerre aux enfants

Doit-on parler de la guerre et des réfugiés à de jeunes enfants? Oui, répond Maryse Potvin. «On peut même expliquer l’Holocauste», dit-elle. Il suffit de schématiser et de donner des exemples auxquels l’enfant peut s’identifier. «Il faut d’abord leur demander ce qu’ils connaissent de la situation, puis expliquer les faits dans un langage de leur niveau.»

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