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20/11/2015 03:28 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Pologne: tempête politique après les premières décisions des conservateurs au pouvoir

Son installation à peine commencée, le gouvernement conservateur polonais a donné un coup d'accélérateur pour prendre le contrôle des services spéciaux et introduire ses hommes au Tribunal constitutionnel, provoquant une tempête politique 48 heures après le vote de confiance remporté par le parti Droit et justice (PIS) de Jaroslaw Kaczynski.

"C'est un coup d'accélérateur donné par le PIS pour réaliser un projet minutieusement préparé, avant que la nouvelle scène politique ne se fixe pour de bon. C'est une politique des faits accomplis", déclare à l'AFP Kazimierz Kik, politologue de l'Université de Kielce (sud).

Selon Stanislaw Mocek, politologue de l'Académie polonaise des sciences, il s'agit là d'un exemple de "démocratie totalitaire où la raison est toujours du côté de celui qui a la majorité".

Réunie dans la nuit suivant le vote de confiance, la commission parlementaire chargée des services spéciaux a approuvé le départ des chefs des deux services civils, l'Agence de renseignement (AW) et l'Agence de sécurité intérieure (ABW) et de leurs homologues militaires, le Service de renseignement militaire et le Service de contre-espionnage militaire. Jeudi, la Première ministre Beata Szydlo a nommé leurs remplaçants.

Qualifiée de "coup de force nocturne" par l'opposition, cette opération a été commentée avec satisfaction par le nouveau chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski. "Le travail des responsables démissionnaires à leurs postes représentait une menace plus importante que les menaces venant de l'étranger".

Selon M. Kik, "l'action du PIS ne viole pas la loi, mais elle crée un risque d'utilisation des services spéciaux à des fins politiques, dans un pays où ces services sont déjà surreprésentés dans la vie publique".

- Rejet du compromis -

Le même jour, jeudi, le PIS a imposé une réforme du Tribunal constitutionnel, vivement dénoncée par l'opposition dont une grande partie a boycotté le vote. L'amendement en question prévoit une nouvelle élection de cinq nouveaux juges, alors que le parlement précédent avait déjà approuvé cinq candidats.

Le PIS a modifié la loi sur le Tribunal constitutionnel, "pour que personne ne l'empêche de faire ce qu'il a prévu de faire", a estimé M. Mocek. "C'est une façon d'agir à la Viktor Orban (le Premier ministre populiste hongrois), destinée à prendre successivement le contrôle des différents leviers du pouvoir".

Le cerveau de PIS, Jaroslaw Kaczynski, s'est référé à maintes reprises dans ses discours à la politique interne de Viktor Orban.

Les juges élus précédemment n'avaient pas pris leurs fonctions, le président Andrzej Duda, lui-même issu du PIS, ayant refusé de les assermenter, en dépit des appels à le faire formulés par nombre d'éminents juristes. Selon M. Duda, c'est la précédente majorité parlementaire libérale qui avait "violé l'ordre démocratique" en désignant de nouveaux membres du Tribunal constitutionnel avant même que leur mandat n'expire.

Juste avant le vote de la réforme, le commissaire aux droits de l'Homme du Conseil de l'Europe a appelé les députés polonais à y renoncer.

"Les amendements modifiant la composition du Tribunal constitutionnel (...) sapent l'Etat de droit et devraient être retirés", a déclaré Nils Muiznieks sur son compte twitter.

Le principal parti d'opposition centriste, Plateforme civique (PO), a d'ores et déjà annoncé qu'il saisirait le Tribunal constitutionnel au sujet de la nouvelle loi, alors que Ryszard Petru, le leader du parti libéral Nowoczesna (opposition) a dénoncé "la prise d'assaut du Tribunal constitutionnel" par le PIS.

"C'est un retour à la normale", a répliqué le président du Sénat Stanislaw Karczewski, membre du PIS, en soulignant que "toutes les procédures étaient conformes au règlement" parlementaire.

"Avec une maîtrise parfaite, le PIS joue des instruments utilisés déjà par les gouvernements précédents, dont les libéraux: le rejet du compromis et le mépris à l'égard de l'opposition", a regretté M. Kik.

M. Kaczynski a déjà annoncé aussi une réforme des médias publics - la télévision, la radio et l'agence PAP - et son intention de "repoloniser" la presse locale, souvent contrôlée par des capitaux étrangers, notamment allemands.

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