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19/11/2015 20:45 EST | Actualisé 19/11/2016 00:12 EST

Mexique : le premier traitement à base de cannabis redonne de l'espoir

Depuis qu'elle a commencé un traitement à base de cannabis, il y a un mois, Grace parvient à dormir la nuit sans être réveillée par une de ses nombreuses crises d'épilepsies.

Cette petite fille de 8 ans est devenue la première personne autorisée au Mexique, le 20 octobre dernier, à suivre un traitement à base de cannabis.

"Ses crises d'épilepsie nocturnes ont quasiment disparu et elle dort très bien. C'est le changement le plus notable que nous ayons constaté", indique son père, Raul Elizalde, dans leur maison située dans la riche ville industrielle de Monterrey, au nord du Mexique.

Grace souffre du syndrome de Lennox-Gastaut, une variante de l'épilepsie très difficile à soigner qui lui occasionnait 400 crises d'épilepsie quotidiennes. Tous les traitements pour soulager ses douleurs avaient jusqu'alors échoué.

Ses parents sont parvenus à remporter en août une bataille juridique difficile, qui a obligé les autorités sanitaires à autoriser cette famille à importer du cannabidiol (CDB), une huile thérapeutique à base de cannabis.

Grace est devenue un symbole pour ceux qui se battent contre la légalisation de la marijuana, relançant ainsi le débat national autour de ce sujet dans un pays déchiré par les luttes entre les cartels de drogue.

Dans la foulée, la Cour Suprême a délivré le 4 novembre un jugement historique ouvrant la voie à la légalisation de cette substance en autorisant quatre personnes à cultiver de la marijuana et à l'utiliser à des fins personnelles et récréatives.

Quelques jours plus tard, la sénatrice Cristina Diaz, membre du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) - le parti au pouvoir -, déposait un projet de loi visant à autoriser l'importation et la consommation de marijuana à usage médical, qui pourrait bénéficier à 5000 Mexicains selon elle.

Si le Président Enrique Pena Nieto a réaffirmé son opposition à cette légalisation, il a toutefois laissé entendre que son gouvernement pourrait se ranger à l'avis d'un groupe d'experts qui devrait débattre du sujet dans les prochains mois.

D'autres pays de la région, tels que l'Uruguay, ont déjà adopté une législation légalisant le cannabis. Aux Etats-Unis, plus de 20 Etats ont autorisé l'usage médical de cette substance et la Colombie a annoncé la semaine dernière qu'elle ferait de même.

Au Chili, le congrès débat actuellement de cette question.

Un récent sondage a montré qu'une majorité de Mexicains était opposée à la légalisation du cannabis, mais une autre enquête d'opinion publiée dans le quotidien El Universal fait apparaître que 79% des Mexicains sont cependant favorables à son usage médical.

Ce débat national a soulevé de l'espoir parmi les familles qui pensent qu'un traitement à base de marijuana pourrait améliorer la qualité de vie d'un proche malade.

- Goût du chocolat -

Le cannabidiol ne permet pas de soigner la maladie mais de réduire le nombre et l'intensité des crises dont souffre Grace. "Les crises sont moins fréquentes et moins intenses", indique sa mère, Mayela, tandis qu'elle nourrit sa fille, assise dans une chaise pour bébé, près de sa petite soeur Valentina.

Du fait de sa maladie, Grace se déplace en chaise roulante et ne peut se nourrir seule.

"Nous avions essayé d'autres médicaments qui avaient un goût affreux. La bonne chose avec le CBD c'est qu'il a bon goût", un mélange de chocolat et de menthe, indique-t-elle.

Durant son repas, Grace se met à trembler, ferme les yeux et sert la main de sa mère pendant quelques minutes. Son corps finalement se détend et sa mère lui essuie la bouche.

Selon les médecins, il faudra deux mois de ce traitement pour que l'état de santé de Grace s'améliore réellement.

Le cannabiol coûte 250 dollars pour 100 millilitres, une petite fortune pour la grande majorité des Mexicains.

De son côté, la sénatrice Diaz espère que la loi sera votée avant la fin de l'année. Des sénateurs d'autres partis politiques la soutiennent.

"Il s'agit seulement d'autoriser l'importation de médicament, pas de supprimer l'interdiction (du cannabis) sur tout le territoire. Mais c'est une première étape", explique-t-elle à l'AFP.

"Pour des enfants comme Grace et beaucoup d'autres personnes, améliorer la qualité de vie est urgent."

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