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19/11/2015 20:45 EST | Actualisé 19/11/2016 00:12 EST

Macri-Scioli, duel entre deux modèles économique pour l'Argentine

Libéralisation ou continuité dans la politique économique en Argentine? Deux visions se heurtent dimanche au second tour de l'élection présidentielle pour relancer la 3e économie d'Amérique latine, au ralenti après une décennie de forte croissance.

Pour le candidat soutenu par la coalition de gauche au pouvoir, Daniel Scioli, l'Etat doit continuer de jouer un rôle central dans la stratégie économique, alors que son adversaire du second tour, Mauricio Macri, plaide pour plus de libéralisme.

Changer le modèle en vigueur ou poursuivre les réformes : Juan Napoli, directeur d'une société de courtage à la Bourse de Buenos Aires, estime qu'il faut avant tout "instaurer un taux de change réaliste", un taux parallèle ayant émergé depuis 2011.

Sur ce marché officieux, un dollar s'échange contre près de 15 pesos, contre un peu moins de 10 au taux officiel.

Non loin de la City, le quartier des affaires de la capitale, des centaines de cambistes harcèlent les passants. "Cambio, cambio" (change, ndlr), crient-ils depuis 2011, quand le gouvernement de Cristina Kirchner a établi un sévère contrôle de l'accès aux devises.

Le cheval de bataille de Scioli est de présenter Macri comme un apôtre du néo-libéralisme des années 1990, assurant qu'il dévaluera brutalement le peso argentin, actuellement surévalué, ce qui renforcerait une inflation déjà forte (30%) et entamerait considérablement le pouvoir d'achat des Argentins.

"Les investisseurs étrangers parient sur Macri. Mais les deux seraient contraints d'emprunter des chemins similaires. Macri rapidement, Scioli plus progressivement", fait remarquer M. Napoli.

- 'Génocide industriel' -

L'industrie argentine a eu du mal à se redresser après la crise de 2001/2002. Soutenues par des mesures protectionnistes limitant les importations, nombre d'entreprises ont toutefois tiré leur épingle du jeu.

Marco Meloni, 57 ans, patron d'un grand groupe textile, Italcolore, en fait partie.

"Nous ne voulons pas revenir au génocide industriel des années 1990 avec des importations libres. Ce serait la porte ouverte aux produits asiatiques manufacturés par une main d'oeuvre esclave", alerte M. Meloni, dont le père était concessionnaire Ferrari.

Dans une de ses deux usines, dans la ville de Quilmès, en périphérie de Buenos Aires, les techniciens lancent la production en tapotant sur les écrans tactiles d'énormes machines confectionnant des chemises.

"En 1974, il y avait 2,4 millions d'employés dans le textile. En 2002, en pleine crise, 200.000. Aujourd'hui, on en compte 350.000. Quatre milliards de dollars ont été investis dans les machines" en Argentine, affirme M. Meloni, qui craint une invasion de produits étrangers à un prix inférieur au sien.

Marco Meloni cite en exemple les Etats-Unis et son développement industriel de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe siècle, doublé de mesures protectionnistes.

Les économistes de Mauricio Macri préconisent le libre-échange. Daniel Scioli se veut le défenseur du "fabriqué en Argentine" et des emplois induits.

A la faculté de sciences économiques de l'université de Buenos Aires, "une majorité d'étudiants votent Macri", raconte Mauro Sartori, 26 ans, qui termine ses études. Il milite pour l'Union civique radicale (UCR, centre gauche), un parti qui s'est rallié au libéral Mauricio Macri.

Mais, précise-t-il, "nous sommes en faveur de l'éducation publique et gratuite. Nous ne permettrons pas qu'on touche à ce droit".

Dans la capitale, on perçoit une ambiance de fin de cycle, après 12 ans de kirchnérisme, une variante de gauche de la mouvance péroniste, fondée par l'ex-président Juan Peron (1946-1955, 1973-1974).

"Celui qui gagne devra trouver un accord avec les +holdouts+ (les fonds vautours qui réclament 7 milliards de dollars, ndlr). Et un mécanisme pour rapatrier les milliards de dollars que les Argentins ont sur des comptes à l'étranger. Les marchés soutiennent les candidats de droite comme Macri", estime Juan Napoli.

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