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20/11/2015 09:25 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

"Les Syriens ne sont pas des terroristes", dit un réfugié à l'Amérique

Hussam al-Roustom a tout perdu en Syrie. Après avoir fui les horreurs de la guerre, il travaille désormais dans une boulangerie près de New York, et a un message pour des Americains très divisés sur l'accueil des réfugiés : "les Syriens ne sont pas des terroristes".

"Les Syriens aiment travailler, ils veulent vivre. Ils aspirent a plus de liberté, plus d'opportunités", a-t-il déclaré à des journalistes, le jour où la Chambre des représentants, à majorité républicaine, votait pour durcir les conditions d'accès des réfugiés syriens et irakiens aux Etats-Unis.

Hussam al-Roustom travaille 12 heures par jour dans une boulangerie de Jersey City, dans la banlieue de New York. Il apprend l'anglais, est heureux de voir ses enfants s'adapter à la vie américaine.

Après les attentats de Paris, la question des réfugiés syriens est devenu un enjeu politique aux Etats-Unis, en pleine campagne présidentielle.

Les républicains sont déterminés à faire barrage à l'engagement du président démocrate Barack Obama d'en accepter 10.000 dans l'année qui vient.

M. Obama a menacé de mettre son veto à la mesure votée par la Chambre, qui ne devrait cependant pas passer en l'état au Sénat. Il a accusé les républicains d'"hystérie". Les républicains parlent eux d'une mesure de bon sens, après les attentats de Paris qui ont fait 130 morts.

Les Syriens "fuient les terroristes, ils ne vont pas.. créer du terrorisme dans un autre pays", réagit Hussam.

Depuis octobre 2011, les Etats-Unis ont accepté quelque 2.260 réfugiés syriens. La Turquie en a accueilli deux millions, le Liban plus d'un million, la Jordanie plus de 500.000.

-Boucs émissaires-

Les Roustoms étaient la première de seulement quatre familles syriennes, réinstallées à Jersey City, ville de 262.000 habitants dont 41% de la population est née à l'étranger.

Au moins 27 gouverneurs, parmi les 50 Etats américains, ont affirmé qu'ils refusaient d'accueillir des réfugiés syriens. Cette semaine, une famille de trois personnes qui devait s'installer dans l'Indiana a même du être envoyée en catastrophe dans le Connecticut.

Mais si les Etats sont réticents, le programme de réinstallation, qui dépend du gouvernement fédéral, se poursuit.

"Pour l'instant, il n'y a pas de changement", explique Mahmoud Mahmoud, directeur de l'agence Church World Service, qui s'en occupe à Jersey City.

Pour lui, les réfugiés syriens sont devenus des boucs émissaires. Le processus de sélection de ces réfugiés est déjà le plus exigeant du monde, dit-il. Il faut en moyenne de 12 à 24 mois, pour que toutes les agences fédérales impliquées acceptent une personne.

Hussam al-Roustom raconte que sa famille a marché 4 heures et demi dans le désert pour rejoindre la Jordanie, après avoir réalisé qu'elle ne pouvait plus survivre.

"En Syrie, nous ne pouvions plus même trouver à manger. Nous ne pouvions plus trouver des médicaments pour les enfants", explique-t-il via un traducteur.

Le vote de jeudi à la Chambre l'a "déprimé".

Ses enfants n'avaient jamais vu un parc avant de venir aux Etats-Unis. Dans le camp de réfugiés, ils n'avaient pas de jouets.

Son fils de 7 ans, autiste, reçoit un traitement et une éducation qu'il n'aurait pas pu avoir en Syrie.

Hussam y était propriétaire d'un supermarché à Homs, et d'une entreprise de métal. Maintenant, il compte le pain.

-Accueil formidable-

"Avant de partir, j'ai eu peur, peur de l'inconnu, de recommencer ma vie à zéro. Mais une fois arrivé, c'était la contraire. L'accueil a été formidable".

Les réfugiés acceptés aux Etats-Unis sont aidés pendant 30 à 90 jours. Après, ils doivent se débrouiller.

On vient les chercher à l'aéroport, on leur donne un appartement meublé par des dons, et on les aide à inscrire leurs enfants à l'école et à trouver un emploi.

Les familles se sont toutes débrouillées pour devenir autonomes dans les délais et "vont très bien", explique Mahmoud.

Donald Trump, le candidat républicain à la Maison Blanche qui domine les sondages avant les primaires, a affirmé vendredi qu'il interdirait l'entrée de tous les réfugiés syriens, chrétiens ou musulmans. Son rival Ben Carson a lui comparé les réfugiés syriens à des "chiens enragés".

"Refuser des orphelins, sélectionner selon la religion, traiter différemment les musulmans, claquer la porte sur tous les réfugiés syriens, ce n'est pas qui nous sommes", a à l'inverse déclaré la candidat démocrate Hillary Clinton.

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