NOUVELLES
20/11/2015 11:24 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Les Etats-Unis libèrent un espion devenu icône d'Israël

Jonathan Pollard, un juif américain ayant espionné au profit d'Israël, est sorti discrètement vendredi de sa prison aux Etats-Unis, en dénonçant les termes de sa liberté conditionnelle qui lui interdisent de se rendre dans l'Etat hébreu.

Les trente ans d'incarcération de cet ex-analyste de l'US Navy ont donné lieu à un interminable bras de fer entre Washington et Israël, où il est vu par une partie de la population comme un héros national.

M. Pollard, 61 ans, a quitté incognito et en pleine nuit son pénitencier fédéral de Butner, une petite ville de l'Etat de Caroline du Nord (sud-est), ont confirmé à l'AFP ses deux avocats, Jacques Semmelman et Eliot Lauer.

Portant un bracelet électronique, il reste soumis à cinq ans d'obligation de demeurer sur le sol américain.

Mais ses conseils, jugeant "illégales" ces restrictions, ont immédiatement lancé une procédure en justice pour obtenir leur suppression.

"Ces conditions tyranniques sont inutiles, déraisonnables, contraignantes et illégales", ont-ils martelé lors d'une audience vendredi devant un juge fédéral de New York.

M. Pollard, barbe blanche et coiffé d'une large kippa, était présent au tribunal, accompagné de sa femme Esther Zeitz, une juive canadienne qu'il a épousée en prison.

Les avocats de l'ancien espion ont en outre assuré que leur client souffrait de diabète "sévère" et d'oedèmes aux jambes, ce qui pourrait rendre "dangereux" le port d'un bracelet électronique.

M. Pollard a accepté une offre d'emploi dans le département des finances d'une société d'investissement new-yorkaise, selon le recours, consulté par l'AFP.

L'annonce initiale de sa libération est venue de son principal groupe de soutien en Israël, d'où ont aussi logiquement fusé les premières réactions de joie, mais avec une retenue destinée à ménager le grand allié américain.

"Le peuple d'Israël salue la libération de Jonathan Pollard", a réagi dans la foulée le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "Après trois longues et difficiles décennies, Jonathan est enfin réuni avec sa famille".

"Après avoir mis le sujet sur la table avec les présidents américains pendant de nombreuses années, j'attendais ce jour avec impatience", a souligné M. Netanyahu.

- Après l'accord iranien -

L'homme est resté pendant plusieurs décennies une pomme de discorde majeure entre Israël et l'Amérique, dont les présidents successifs, de Ronald Reagan à Barack Obama, avaient toujours refusé sa libération anticipée.

Nombre d'Israéliens considèrent Pollard comme un idéaliste ayant sacrifié sa liberté pour leur sécurité.

Ce n'est pas l'avis de hauts responsables du Pentagone ou de la CIA, qui n'ont jamais digéré les milliers d'informations classées secret-défense que l'espion a livrées contre de l'argent à l'allié stratégique des Etats-Unis.

Signe que son cas reste sensible, Benjamin Netanyahu a, selon la presse locale, demandé à ses ministres de s'abstenir de tout triomphalisme trop sonore.

Outre un emploi, Jonathan Pollard aurait fourni l'assurance d'avoir un lieu de résidence dans la région new-yorkaise même si, selon ses proches, il désire s'établir en Israël.

Diplômé de Stanford, le natif du Texas avait été reconnu coupable en 1987 d'avoir fourni à Israël, de juin 1984 à son arrestation en novembre 1985, des milliers de documents secrets sur les activités d'espionnage des Etats-Unis, principalement dans les pays arabes.

Il aurait ainsi aidé Israël à bombarder en 1985 le QG de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP), alors exilée en Tunisie, et à assassiner le numéro deux de l'OLP, Abou Jihad, à Tunis en 1988.

Mais pour les Etats-Unis, l'espion aux motivations vénales a causé un tort considérable aux intérêts américains, en pleine Guerre froide.

Selon certaines sources, Pollard aurait livré à d'autres pays qu'Israël des informations cruciales, qui ont pu finir entre les mains de l'URSS.

Durant des années, le sort du détenu, devenu une icône de la droite israélienne, a fait l'objet de marchandages liés aux libérations de prisonniers palestiniens ou les négociations de paix israélo-palestiniennes.

Mais ces efforts avaient toujours buté sur un front du refus à Washington, l'ancien chef de la CIA George Tenet ayant même mis un jour sa démission dans la balance.

Jonathan Pollard avait obtenu en juillet la promesse de sa libération conditionnelle, quelques jours après l'annonce d'un accord entre les puissances occidentales et Téhéran sur le programme nucléaire iranien.

Des observateurs avaient alors suggéré qu'il s'agissait d'un geste de compensation de Washington envers Israël, une hypothèse toutefois balayée par plusieurs experts consultés par l'AFP.

seb/tu/are