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19/11/2015 22:23 EST | Actualisé 19/11/2016 00:12 EST

Le procureur de Paris, François Molins, devenu le visage de l'antiterrorisme français

Des attaques du jihadiste Mohamed Merah en 2012 aux attentats sanglants du 13 novembre, le procureur de Paris François Molins, qui dirige les investigations, est devenu le visage de l'antiterrorisme français aux yeux des médias du monde entier.

"Il n'y a aucune raison d'être optimiste", avait dit au quotidien Le Figaro en mai le magistrat, juste après le projet avorté d'un islamiste algérien d'attaquer des églises de la région parisienne.

"La menace n'a jamais été aussi forte, notamment en raison de l'implication de la France dans la lutte contre Daech", l'organisation Etat islamique (EI), prévenait-il.

Nommé en novembre 2011, quatre mois avant les tueries (sept morts) de Merah dans le sud-ouest de la France et dans les premiers mois de la guerre en Syrie, François Molins, 62 ans, a été aux premières loges pour assister à la multiplication des départs de jihadistes français enSyrie, par dizaines puis par centaines.

D'emblée, il se montre peu convaincu par l'argument du combat humanitaire ou le portrait de combattants partant lutter contre la tyrannie sur le modèle des volontaires des Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne.

La parole publique de celui qui dirige les enquêtes, est parcimonieuse, réservée aux périodes de crise, exercée sans gourmandise. Données dans une pièce exiguë du vieux Palais de Justice de Paris, ses conférences de presse débutent invariablement par un message de compassion aux victimes.

Elles se poursuivent par un énoncé sobre de faits précis. Minutieusement préparées, elles ont pour objectif d'informer les journalistes, sans gêner les enquêteurs. Ceux qui comptent.

Comme ce 20 mars 2012, dans les heures qui précèdent l'assaut contre l'appartement où se terre Merah. Les enquêteurs ont mis un nom sur le tueur. François Molins prend la parole: "Tant qu'on n'aura pas quelque chose de crédible (...), toutes les pistes seront travaillées", y compris celle "des trois militaires". Et il n'éloigne pas les médias (et Merah qui les écoute sans doute) de la conviction que les enquêteurs travaillent encore sur cette fausse piste de militaires d'extrême droite. La bataille est aussi médiatique.

- Procès en indépendance vite éteints -

Ses allocutions terminées, il ne cache pas ses réticences à accepter les questions, un exercice où la parole est moins contrôlée. Une attitude acceptée par les journalistes français, accueillie avec plus d'incompréhension chez les Anglo-Saxons.

Quand il estime qu'ils dérapent, comme au moment des attaques contre Charlie Hebdo et la supérette cacher en janvier, il n'hésite pas à appeler les médias à la responsabilité.

L'abord de ce Catalan à l'accent discrètement rocailleux peut être austère, le regard bleu clair peut être intimidant. Mais l'émotion peut percer sous la carapace. Lors de sa première conférence de presse après le 13 novembre, François Molins égrène horaires, lieux et bilans: les mots restent factuels, la voix tremble un peu.

Jusqu'à être rattrapé par l'affaire Merah, il n'était pas spécialement un magistrat marqué "antiterrorisme". Ancien patron du parquet de Bobigny (banlieue nord de Paris), il a dirigé les cabinets des gardes des Sceaux de droite Michèle Alliot-Marie et Michel Mercier.

Sa nomination sous le président Nicolas Sarkozy au poste-clé de procureur de Paris, suscite des critiques à gauche, et les relations ont parfois été compliquées avec la ministre de la Justice, Christine Taubira.

Mais les procès en indépendance ont été vite éteints, jusqu'à se faire reprocher en coulisses à droite de trop en faire dans les affaires visant Nicolas Sarkozy et ses proches.

Sous couvert d'anonymat, un magistrat instructeur explique n'avoir jamais vu des dossiers politico-financiers suivre aussi librement leur cours. Qu'ils gênent la droite, comme dans le dossier du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, ou la gauche, comme quand il a lancé l'enquête qui devait pousser à la démission le ministre socialiste du Budget Jérôme Cahuzac.

Une affaire qui conduira toutefois à une réduction de son périmètre d'action avec la création du parquet national financier (PNF).

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