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20/11/2015 04:34 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

L'Europe de l'Est redoute les effets d'un rapprochement franco-russe

Le rapprochement entre Paris, Washington et Moscou face à l'organisation Etat islamique (EI) inquiète plusieurs pays d'Europe de l'Est qui se demandent si l'Occident ne va pas "oublier l'Ukraine" en contrepartie de l'aide russe en Syrie.

Dans les pays baltes surtout, occupés par l'Union soviétique pendant près d'un demi-siècle, l'intervention russe en Ukraine a fait craindre une opération similaire chez eux, favorisée par la présence d'importantes minorités russophones en Lettonie et en Estonie.

Du coup, ils sont, avec la Pologne, partisans de la plus grande fermeté à l'égard du Kremlin. Et s'insurgent contre le risque de voir traiter le conflit ukrainien et la situation en Syrie comme des vases communicants.

"Ce sont des crises distinctes et nous ne pouvons pas les lier, nous devons les traiter séparément", a dit à l'AFP le chef de la diplomatie lituanienne Linas Linkevicius. "Il est inacceptable de parler d'une sorte de marchandage, de concessions et de sphères d'influence", a-t-il poursuivi.

"La Lituanie ne participera à aucune nouvelle coalition à laquelle participerait ou souhaiterait participer la Russie, un Etat qui occupe jusqu'à aujourd'hui le territoire d'un pays et qui commet des actes de guerre dans deux pays, l'Ukraine et la Géorgie", a déclaré la présidente lituanienne Dalkia Grybauskaite, recevant ses homologues baltes à Palanga (ouest).

En privé de nombreux responsables baltes reconnaissent être inquiets. Mais en public ils s'affirment optimistes et restent avares de pronostics.

"Les pays baltes doivent rappeler constamment au monde l'annexion illégale de la Crimée. Le combat contre les terroristes et la solution du conflit en Syrie ne peuvent se faire au détriment de l'Ukraine", a déclaré vendredi le chef de la diplomatie lettonne Edgars Rinkevics, lors d'une rencontre avec ses homologues baltes en Lituanie.

- Cynisme -

Les nouveaux responsables conservateurs polonais s'abstiennent de commentaires, même si la question est souvent posée dans les médias. "La nécessité de régler le problème de l'EI ne doit pas changer notre position vis à vis de la Russie", se contente d'affirmer un député d'opposition centriste Marcin Kierwinski.

"Même si ce n'est pas officiellement mis sur la table, Moscou espère que, si la coalition anti-EI voit le jour, la pression dans l'affaire ukrainienne baissera et qu'un certain nombre de pays considéreront que, puisque nous luttons côte à côte, les sanctions ne doivent pas être reconduites. C'est ce qu'on peut craindre", a dit à l'AFP un analyste de l'Institut polonais des affaires internationales Wojciech Lorenz.

L'opinion d'un expert français, Philippe Migault, de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques, qui a parlé à l'agence PAP, n'est pas faite pour rassurer Varsovie. Les relations internationales sont marquées "par le cynisme", admet-il, et "notre priorité actuellement n'est pas ce qui se passe en Ukraine. Notre priorité ce sont les 130 victimes à Paris".

Bien entendu, la question résonne aussi en Ukraine. Où l'on tente d'en rire: une caricature publiée sur le site d'un think tank ukrainien, Institute of World Policy, présente le président russe Vladimir Poutine sous forme d'un hélicoptère, dont les missiles visent d'un côté la Syrie, de l'autre l'Ukraine. L'appareil est en train de se poser sur un porte-avion au visage de François Hollande, portant le nom de "Coalition anti-terroriste".

"Renoncer à (soutenir) l'Ukraine en raison de la situation en Syrie serait une erreur stratégique de l'Occident. Mais les Occidentaux ne le feront pas, même si un certain réchauffement (avec Moscou) est évidemment prévisible", a dit à l'AFP un ambassadeur itinérant ukrainien, Dmytro Kouleba.

Les sanctions prises par l'UE contre la Russie, après l'annexion de la Crimée en mars 2014, doivent être revues fin décembre. Des sources au sein des milieux diplomatiques à Bruxelles estiment qu'elles seront reconduites, la seule incertitude portant sur leur durée. Mais, observe-t-on, la discussion n'a pas encore commencé.

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