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20/11/2015 06:42 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Israël enterre ses morts et s'inscrit dans un cycle de violence durable

Israéliens et Palestiniens ont enterré leurs morts vendredi au lendemain d'une des journées les plus meurtrières de la vague de violences qui déjoue les dispositifs sécuritaires israéliens et semble s'installer dans la durée.

Des affrontements entre des dizaines de Palestiniens et les soldats israéliens ont fait huit blessés dans la poudrière de Hébron (sud de la Cisjordanie) vendredi après les funérailles de l'une des victimes des attentats de la veille.

D'autres heurts, devenus rituels après la prière hebdomadaire musulmane, ont fait 11 blessés palestiniens à Al-Bireh (Cisjordanie) et 12 dans la bande de Gaza, selon des sources médicales palestiniennes.

Après quelques jours d'apparent apaisement, la journée de jeudi a été meurtrière.

Trois Israéliens, un juif américain et un Palestinien ont été tués jeudi dans deux attentats anti-israéliens commis par des Palestiniens à Tel-Aviv, en Israël, et en Cisjordanie occupée. Les deux auteurs des attaques ont été arrêtés.

Depuis le 1er octobre, les attentats anti-israéliens, les heurts et les attaques mutuelles entre Palestiniens et colons israéliens ont fait 103 morts, selon un décompte de l'AFP: 86 côté palestinien (dont un Arabe israélien), 15 côté israélien ainsi qu'un Américain et un Erythréen.

Les responsables israéliens de la sécurité disent depuis un moment se préparer à des mois de violences.

- 'Lutte acharnée' -

Les analystes trouvent dans les évènements de jeudi des motifs d'inquiétude supplémentaires. Tel-Aviv, la capitale économique et socialement libérale d'Israël, relativement distante des foyers de tension, n'avait pas connu d'attaque depuis le 8 octobre.

Les dizaines de milliers de Palestiniens qui vont quotidiennement travailler en Israël avec un permis en bonne et due forme passaient pour représenter un danger mineur. Or, Israël a été frappé de découvrir que le Palestinien qui y a mortellement poignardé le rabbin Aharon Yesayev, 32 ans, et Reuven Aviram, 51 ans, possédait un tel laissez-passer, qu'il est marié et père de cinq enfants.

Le second attentat de jeudi a rompu, pour la deuxième fois en une semaine, avec la litanie des attaques au couteau quand un Palestinien a tué, avec un fusil automatique Ezra Schwartz, Américain de 18 ans étudiant d'une école talmudique, et Yaakov Don, 49 ans, en Cisjordanie.

Un Palestinien de 40 ans, Shadi Arafa, a également péri dans la fusillade, sans qu'on sache s'il a succombé aux tirs de l'assaillant ou à la riposte israélienne.

Environ 2.000 personnes ont suivi ses obsèques à Hébron. Reflet d'une suspicion exacerbée, son frère, Baha Arafa, a dit tenir les soldats israéliens pour responsables de sa mort.

Les obsèques séparées des trois victimes israéliennes ont réuni des centaines de proches jeudi soir et vendredi matin. Le corps de l'Américain devait, lui, être rapatrié aux États-Unis.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis "une lutte acharnée" contre les "terroristes": "nous leur ferons payer leurs actes, leurs familles paieront, nous détruirons leurs maisons et nous révoquerons leur (permis de) résidence", a-t-il dit sur Facebook.

- 'Les démons seront lâchés' -

Les attentats de jeudi ont soulevé la question de nouveaux moyens à mettre en oeuvre, jusqu'à un éventuel bouclage de la Cisjordanie.

Les experts soulignent cependant la quasi-impossibilité d'empêcher des attentats commis par des individus isolés, de tous les âges et des deux sexes.

Yoram Schweitzer, ex-responsable du contre-terrorisme à l'armée, ne croit pas "qu'il faille changer de politique" après chaque attentat. "Nous devons procéder aux ajustements nécessaires pour essayer d'empêcher que cela n'arrive et pour minimiser les dommages tout en conservant le juste milieu", dit-il à l'AFP.

Benedetta Berti, experte à l'Institut pour les études de sécurité nationale, note que s'il est "inexact de parler d'intifada (soulèvement palestinien contre l'occupation israélienne) à part entière", il est "tout à fait exact de parler d'inquiétante tendance à la détérioration".

Selon elle, le gouvernement israélien se contente de "gérer" la situation alors que le coeur de la confrontation reste l'absence de toute perspective de résolution politique du conflit israélo-palestinien.

La visite attendue la semaine prochaine du secrétaire d'Etat américain John Kerry en Israël et en Cisjordanie ne suscite aucune illusion de ce point de vue.

Mme Berti souligne le risque que des groupes comme le Hamas ou le Jihad islamique, jusqu'alors restés à l'écart, s'en mêlent. Alors "les démons seront lâchés".

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