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19/11/2015 20:45 EST | Actualisé 19/11/2016 00:12 EST

Elections en Argentine : Daniel Scioli, une autre idée du péronisme

Daniel Scioli, candidat de la coalition de gauche au pouvoir depuis 12 ans, est passé du statut de favori de la présidentielle à celui d'outsider, peinant à convaincre les Argentins avides de changement.

Depuis son résultat décevant du 1er tour, il a été dépassé dans les intentions de vote par son adversaire conservateur Mauricio Macri. Il a cherché à se démarquer de la présidente sortante Cristina Kirchner.

"Il a pu couper le cordon ombilical et Scioli est apparu", remarque la politologue Analia de Franco, mais cela n'a pas enrayé la montée en puissance de Macri.

Champion du monde de course de bateaux offshore dans les années 1980, poussé en politique dans les années 1990 par le président ultralibéral Carlos Menem, Daniel Scioli, 58 ans, appartient à la mouvance péroniste fondée par Juan Peron (1946-1955, 1973-1974).

Il se définit comme centriste, conciliateur alors que la coalition dont il fait partie a mené une politique de gauche.

Être président de l'Argentine, l'ancien champion y pense depuis longtemps. "Je me suis préparé toute ma vie pour assumer cette responsabilité", a-t-il dit lors du débat télévisé entre les deux tours, après avoir refusé de participer au débat rassemblant les six candidats du 1er tour.

La présidente Cristina Kirchner (2007-2015), qui ne pouvait pas postuler pour un troisième mandat consécutif, ne voulait pas de lui pour défendre les couleurs du Front pour la victoire (FPV, gauche) à la présidentielle, mais il a su s'imposer.

Après le premier tour, il a troqué son discours policé pour adopter un ton agressif à l'encontre de Mauricio Macri, l'accusant de prévoir sans le dire les mêmes politiques ultralibérales que celles menées dans les années 1990 et qui ont contribué à la crise économique de 2001.

Député sous Carlos Menem (1989-1999), vice-président de Nestor Kirchner de 2003 à 2007, cet homme peu charismatique, au sourire carnassier, a ensuite été élu gouverneur de la province de Buenos Aires, aussi grande que l'Italie, aussi peuplée que le Chili (16 millions d'habitants) et un important gisement de voix (près de 40% de l'électorat).

- 'Toit, travail, terre' -

Scioli, catholique opposé à l'avortement, cite souvent le pape et sa devise du droit de tous à "un toit, au travail et à la terre".

L'opposition estime que Cristina Kirchner voudra conserver une influence sur la politique argentine après son départ en cas de victoire de Scioli.

S'il a soutenu l'action des gouvernements Kirchner, Scioli a démontré, en dévoilant les noms de ses futurs ministres et ambassadeurs, des proches, qu'il ne comptait pas se laisser influencer.

"Je gouvernerai à ma manière", a-t-il assuré.

Dans les années 1980, il sillonnait le monde pour disputer des courses aux commandes de son bateau offshore baptisé "La grande Argentine". En 1989, lors d'une course sur le fleuve Parana, en Argentine, son bateau se renverse, il tombe à l'eau et une hélice déchiquète son bras droit.

Amputé, il a dû apprendre à devenir gaucher. Lors d'une émission de télévision, il a montré comment il savait faire le noeud de sa cravate avec une seule main.

Petit-fils d'un immigré italien, fils d'un entrepreneur spécialisé dans l'électroménager, Daniel Osvaldo Scioli est né le 13 janvier 1957 à Buenos Aires, où il grandit et étudie à l'Université argentine de l'entreprise (UADE) à Buenos Aires.

Prédestiné à reprendre le négoce familial, Casa Scioli (le Darty argentin), il a opté pour le sport et la politique.

Malgré son âge et son handicap, il joue encore dans une équipe de première division de futsal (football en salle) dans la banlieue cossue de Buenos Aires où il réside.

Sa compagne depuis 14 ans, Karina Rabolini, est aussi son ex-femme. Ils se sont mariés en 1985 et ont divorcé en 1998. Ils n'ont pas eu d'enfant mais il a une fille, Lorena, née d'une romance de jeunesse, qu'il a reconnue sur le tard.

ap/ka/myl