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20/11/2015 07:27 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

De Washington au Tennessee, l'effet papillon des attentats de Paris

Une semaine après, les attentats de Paris continuent de secouer le débat politique américain, Barack Obama peinant à calmer "l'hystérie" collective contre les réfugiés syriens et les musulmans, et à contenir ses adversaires qui l'éreintent sur sa stratégie militaire anti-jihadistes.

Les partis républicain et démocrate, chacun armé de ses priorités, se sont saisis des attaques pour appeler à des réformes sur les réfugiés, l'immigration, la stratégie militaire au Moyen-Orient, le renseignement, les armes à feu...

- Réfugiés et musulmans -

Dès le soir des attaques parisiennes, le candidat ultra-conservateur à la Maison Blanche Ted Cruz appelait à fermer la porte aux réfugiés syriens pour prévenir toute infiltration par l'organisation Etat islamique. Il aura suffi de quelques jours pour que le parti républicain entier suive et que la Chambre des représentants adopte, jeudi, une proposition de loi qui suspendrait l'accueil de réfugiés non seulement syriens, mais aussi irakiens.

La loi semble destinée à échouer au Sénat, mais l'escalade continue. Dans le Tennessee, des républicains ont appelé à expulser les 30 réfugiés syriens installés en 2015. La moitié des gouverneurs des 50 Etats ont déclaré les Syriens persona non grata.

Le vieux débat sur l'immigration clandestine a muté en psychose contre les musulmans: le milliardaire Donald Trump, leader des sondages des primaires présidentielles républicaines, a proposé de ficher ceux présents aux Etats-Unis.

Ted Cruz, qui monte dans les sondages, prend soin de parler dans ses discours de réfugiés syriens "musulmans". Jeb Bush veut lui prioriser l'accueil de chrétiens.

Avec Barack Obama en tournée en Asie, la Maison Blanche peine à convaincre l'opinion de la fiabilité des procédures de sélection de réfugiés. Les propos du président américain sur l'hystérie des républicains ont consterné ses adversaires.

La moitié des Américains s'opposent à l'accueil de réfugiés syriens, selon un sondage Bloomberg paru jeudi.

- Jihadistes européens -

Face au rôle central de jihadistes français et belges, les parlementaires américains ont décidé de combler les failles perçues du système d'exemption de visas dont profitent les ressortissants de 38 pays --dont la France-- pour venir sans visa aux Etats-Unis, pour des séjours courts, et que pourraient exploiter des jihadistes européens.

Le républicain Rand Paul a proposé d'annuler ce privilège. Les sénateurs démocrates proposent d'en exclure ceux qui se sont rendus en Irak ou Syrie.

Plus controversé, ils ciblent la législation sur les armes à feu, dont une faille permet aux touristes arrivés sans visas d'acheter des armes.

Les récriminations contre l'Union européenne montent. A droite et à gauche, on reproche à l'UE ses frontières-passoires, et surtout aux services de renseignement européens de ne pas partager assez de données sur les voyageurs avec les Etats-Unis, une doléance maintes fois formulée.

Le sénateur démocrate Chris Murphy entend profiter de la crise pour accentuer la pression sur les Européens afin qu'ils rétablissent l'accord sur le transfert de données "Safe Harbor", bloqué par la justice européenne.

- Lutte contre l'EI -

Le tournant le plus martial concerne la sécurité nationale et la stratégie contre l'EI, jugée insuffisante sous l'égide de Barack Obama.

Des républicains n'hésitent plus à parler de l'envoi de troupes au sol pour combattre les jihadistes: 10.000 hommes pour le sénateur et candidat marginal à la Maison Blanche Lindsey Graham, au sein certes d'une coalition internationale.

"Militairement, nous devons intensifier nos efforts dans le ciel et au sol", a déclaré Jeb Bush, qui serait le troisième Bush à déclencher une invasion dans la région.

Les démocrates, échaudés par la dernière guerre d'Irak, sont plus réservés mais Hillary Clinton a durci le ton, jurant de "vaincre l'EI". Même son rival socialiste Bernie Sanders a tenu à déclarer: "je ne suis pas un pacifiste".

Les attaques de Paris, selon le professeur d'histoire Leonard Steinhorn à l'American University, ont mis en exergue et creusé les différences entre les deux partis.

"L'EI nous préoccupe depuis longtemps", dit-il à l'AFP. "Mais c'est devenu beaucoup plus tangible, ce n'est plus dans des terres distantes".

Mais, relève-t-il, "nous vivons dans un monde, non seulement aux Etats-Unis mais aussi en France, de plus en divisé et polarisé politiquement. N'importe quel dirigeant rencontrera de la résistance quand il tentera de parler pour tout le pays ou de définir l'intérêt général".

ico/sha