NOUVELLES
20/11/2015 08:27 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Dans les prêches ou sur le web, des musulmans français condamnent les "imposteurs" de l'EI

"Bledards" ou "youtubers", simples fidèles ou imams médiatiques, les musulmans français se sont appuyés vendredi, jour de Grande prière, sur la théologie ou sur la "tchatche" pour condamner les attentats jihadistes commis par des "imposteurs" "sans pensée ni doctrine".

"Le musulman par définition, ce n'est pas quelqu'un qui donne la mort, le musulman c'est quelqu'un qui cherche la paix", rappelle d'un ton ferme l'imam Mohammed El Mahdi Krabch, citant des versets du Coran depuis sa chaire de la mosquée El-Boukhari d'Avignon (sud)

Dans la salle comble, des hommes, jeunes ou pas, en pantalon, survêtement ou qamis (longue robe de prière), l'écoutent attentivement. Certains ferment les yeux, hochant la tête en signe d'assentiment.

Après les attaques revendiquées par le groupe Etat islamique (EI), l'instance de représentation des quelque 5 millions de musulmans de France, le CFCM, avait proposé aux 2.500 mosquées du pays d'utiliser vendredi un "texte solennel" condamnant "sans ambiguïté" toute "forme de violence".

Dans un islam sunnite sans clergé, divisé selon les origines des croyants (marocains, algériens, turcs...), beaucoup se sont éloignés de ce document, tout en transmettant son message de paix.

"Le terrorisme n'a pas de pensée, pas de doctrine, pas de projet", a ainsi lancé l'imam de Bordeaux (sud-ouest) Tareq Oubrou, un théologien médiatique. "On n'est pas à l'abri de cette violence. Demain ou après-demain, il y aura un truc ici à la mosquée", a-t-il mis en garde, rappelant que "le terrorisme a tué plus de musulmans que de non-musulmans".

- 'des gens perdus, voilà' -

A l'issue du prêche dans la mosquée As Salam à Metz, Ismaïl, un lycéen de 17 ans, est satisfait de ces rappels à la doctrine. "C'était important d'avoir des avis de la religion, des citations du Coran."

"On n'a pas besoin d'un message religieux pour comprendre ce qui s'est passé", des "actes barbares qui sont motivés par d'autres raisons" que la religion, juge toutefois Moustapha, la trentaine. "Ce sont des anciens délinquants, des gens qui sont perdus, voilà!".

Au delà des mosquées, dont les principales sont encore gérées par des immigrés de première génération - les "bledards" comme les appelent les plus jeunes -, des musulmans se sont saisis des réseaux sociaux pour manifester leur "consternation".

"Je m'adresse à tous les +muslims+, à tous les musulmans de France: protégeons notre belle religion, allons traquer ces imposteurs qui se font passer pour des musulmans en tuant des gens", déclare Bassem Braiki, alias Chronic 2 Bass, dans une vidéo vue plus de 5,7 millions de fois sur Facebook.

Dans une autre vidéo, un jeune Parisien surnommé "Anasse", au fin collier de barbe, s'en prend face caméra aux jihadistes qui ont tué 130 personnes, parmi lesquels figuraient au moins quatre Français. "C'est que des +cailleras+ (racaille à l'envers) de cité qu'avaient rien à faire! Ils ont cru qu'ils étaient dans des jeux vidéo!" Avant de conclure d'un ton rageur: "Si t'es pas content, la France, ceci, cela, mec, barre-toi au bled".

A la Duchère, une banlieue populaire proche de Lyon (centre-est), Hachim, 43 ans, a suivi le prêche avec des centaines de personnes, certaines installées sur des tapis déroulées à l'extérieur face à l'affluence inédite ce vendredi.

Musulmans ou non musulmans, "On est tous dans la même maison", souligne-t-il. "Et si le toit s'effondre, on se retrouvera tous à la rue!"

bur-chp/ger