NOUVELLES
20/11/2015 06:31 EST | Actualisé 20/11/2016 00:12 EST

Après les attentats de Paris, prise d'otages massive au Mali, l'Europe veut réformer Schengen

Une semaine après les pires attentats en France, une prise d'otages massive était en cours vendredi dans un grand hôtel de Bamako, pendant que l'Europe cherchait à muscler sa riposte face au terrorisme, en proposant de réformer les règles de Schengen.

Vendredi matin, l'hôtel Radisson Blu à Bamako, prisé par la clientèle internationale, a été attaqué par des hommes lourdement armés qui ont retenu au départ 170 personnes. Un assaut rapide des forces spéciales, qui a fait trois morts, a permis de libérer des dizaines de personnes.

En tout "125 clients et 13 employés" étaient "toujours dans l'immeuble" en début d'après-midi, selon le groupe hôtelier Rezidor à Londres. Mais le nombre et la nationalité des étrangers toujours otages n'était pas encore connus.

Des forces spéciales américaines et françaises portent assistance aux Maliens, ont annoncé le Pentagone et le ministère français de la Défense.

Cette attaque, non revendiquée pour l'heure, est intervenue une semaine exactement après les attentats de Paris qui ont fait 130 morts, selon un nouvau bilan, et provoqué une onde de choc planétaire.

A Bruxelles, les ministres européens de l'Intérieur et de la Justice se sont engagés à adopter avant la fin de l'année le fameux PNR, un fichier de données sur les voyageurs aériens et à renforcer la lutte contre les trafics d'armes dans les Balkans.

Les Européens ont décidé de renforcer "immédiatement" les contrôles aux frontières extérieures de l'UE, y compris pour les Européens. Et la Commission a annoncé qu'elle proposerait "d'ici la fin de l'année" une révision des règles de Schengen dans le même but.

"Notre réaction collective doit être implacable. Il faut sortir des promesses sans lendemain, des atermoiements et des lenteurs. Sinon l'Europe se perdra", a prévenu le ministre de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve, précisant que la France maintiendrait le contrôle à ses frontières, rétabli il y a une semaine, "aussi longtemps que la menace terroriste le nécessitera".

- Filmé dans le métro -

L'illustration des défaillances de la lutte antiterroriste aura été le retour incognito en Europe du jihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud. Le soir des attentats, il a été filmé dans une station de métro Montreuil à l'est de Paris, accréditant l'hypothèse de sa participation directe aux attaques.

La confirmation de sa présence en région parisienne alors qu'il était censé être en Syrie a provoqué une vaste polémique. Comment ce Belge, qui faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international, a-t-il pu revenir en Europe pour coordonner les attentats du 13 novembre ?

"Nous ne savons pas", a reconnu jeudi soir le Premier ministre français Manuel Valls.

Le corps d'Abaaoud, décrit comme "un suiveur plutôt qu'un leader" par son ancien avocat belge, a été identifié dans les décombres d'un appartement pris d'assaut mercredi au nord de Paris.

Et sa cousine Hasna Aitboulahcen, une Française de 26 ans jugée un peu excentrique par ses proches, a été "formellement" identifiée parmi les trois personnes qui y ont été tuées par la police, selon la justice française. Il reste un corps à identifier, a annoncé la justice française.

Les enquêteurs recherchent toujours activement Salah Abdeslam, soupçonné d'avoir fait partie du "commando des terrasses", qui a mitraillé des bars et restaurants de l'Est parisien. Il a sans doute été exfiltré, au moins dans un premier temps, par deux complices présumés depuis écroués en Belgique.

Quatre kamikazes ayant péri le 13 novembre, tous Français, ont été identifiés. Reste à mettre un nom sur trois autres kamikazes, dont un homme passé récemment par la Grèce, et auprès duquel a été retrouvé un passeport syrien à l'authenticité douteuse, dont les policiers ont diffusé la photo.

Côté belge, neuf personnes ont été interpellées jeudi près de Bruxelles, où avaient résidé la plupart des membres des commandos de kamikazes.

"La menace est toujours présente et va être longue et permanente", a prévenu Manuel Valls.

- Intensification des frappes -

Les perquisitions administratives, facilitées par l'état d'urgence, se poursuivent à un rythme soutenu, près de 800 depuis le 13 novembre, dans toute la France. 90 personnes ont placées en garde à vue, 164 assignées à résidence et 174 armes saisies. Une perquisition a visé une mosquée à Brest (ouest), dirigée par un imam salafiste.

Mesure rarissime, un couvre-feu a été décrété après une saisie d'armes dans une ville moyenne du centre du pays, Sens, en vertu de l'état d'urgence

Le projet de loi prolongeant l'état d'urgence pour trois mois, adopté jeudi par l'Assemblée nationale, devrait être voté massivement par lse sénateurs vendredi.

Ce texte élargit les possibilités d'assignation à résidence et permet la dissolution de groupes et associations extrémistes.

La présidence française a annoncé qu'un hommage national sera rendu vendredi prochain aux victimes des attentats.

Sur le front extérieur, François Hollande a ordonné l'"intensification" des frappes contre le groupe EI en Syrie, mais aussi en Irak. L'arrivée prochaine en Méditerranée orientale du porte-avions Charles-de-Gaulle triplera la capacité de frappe française.

M. Hollande, qui doit aller la semaine prochaine à Washington et Moscou, a évoqué par téléphone "la coopération militaire" en Syrie avec son homologue américain Barack Obama.

Ailleurs, la solidarité avec la France reste de mise: la Marseillaise retentira ce week-end avant tous les matchs du championnat de football d'Angleterre.

Sur le front des attentats dans le monde, l'EI a revendiqué vendredi l'attaque meurtrière contre l'armée dans le sud-est du Yémen, qui a causé la mort de 50 soldats yéménites. Et au sud de Bagdad, un double attentat à la bombe dont un mené par un kamikaze a fait au moins six morts près d'une mosquée chiite.

bur-thm/ger/alc