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17/11/2015 22:22 EST | Actualisé 17/11/2016 00:12 EST

Pollard, l'espion qui a jeté un froid entre Israël et l'Amérique

Dangereux traître aux yeux de beaucoup d'Américains ou idéaliste ayant sacrifié sa liberté pour nombre d'Israéliens, l'espion Jonathan Pollard est depuis plusieurs décennies un sujet de contentieux majeur entre les Etats-Unis et Israël.

Quand il sortira vendredi de sa prison fédérale en Caroline du Nord, l'homme de 61 ans aura passé la moitié de sa vie derrière les barreaux, une peine jugée démesurée par l'Etat hébreu.

Ce n'est pas l'avis de hauts responsables du Pentagone ou de la CIA, qui n'ont jamais digéré la masse d'informations classées secret-défense que l'ex-brillant analyste de l'US Navy a livrées contre de l'argent à l'allié stratégique israélien.

Avec ses lunettes cerclées d'intellectuel, sa barbe de Moïse et ses cheveux longs, ce prisonnier modèle ressemble aujourd'hui davantage à un baba-cool de kibboutz qu'à l'agent secret du Mossad qu'il rêvait d'être.

Mais ces dernières années il a joué, contre son gré, un troisième rôle: celui d'un embarrassant détenu appelé à servir de monnaie d'échange entre les autorités israéliennes et les administrations successives Reagan, Bush, Clinton ou Obama.

Un scénario maintes fois discuté et toujours avorté, en raison des résistances au sommet de l'exécutif américain.

Né au Texas, fils d'un professeur d'université respecté, Jonathan Pollard est apparu dès sa jeunesse obsédé par sa judaïté et une obligation morale envers Israël, où il rêve d'émigrer dès son adolescence.

- Instable et menteur -

Très vite aussi il montre un côté fanfaron, voire affabulateur.

"Son histoire personnelle et professionnelle est remplie d'incidents liés à son comportement irresponsable, qui dénotent chez lui une forte instabilité émotionnelle", constate un rapport déclassifié des renseignements américains.

Etudiant à la prestigieuse université de Stanford, Pollard tente de convaincre ses camarades qu'il est un agent clandestin du Mossad. Une fois, il brandit une arme en hurlant être traqué.

Bien plus tard, il affirmera que l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a enlevé sa femme.

Son excentricité ne l'empêche cependant pas d'être recruté par la Marine américaine, comme expert spécialisé dans le renseignement.

Tout en assurant ressentir chez ses collègues des sentiments "anti-israéliens", il parvient à gagner la confiance de ses supérieurs et à obtenir l'accès à une foule de données sensibles.

Son basculement dans l'espionnage, au milieu des années 1980, a des motifs controversés.

Pour les partisans de Pollard, l'homme a simplement mis en pratique ses convictions idéologiques en faveur d'Israël.

Mais pour ses détracteurs, Pollard n'est qu'un vil traître ayant cherché à combler ses dettes en vendant au plus offrant les dossiers qu'il avait sous la main.

Il a 31 ans lors de son arrestation en novembre 1985 à Washington, après avoir été refoulé de l'ambassade d'Israël où il tentait de se réfugier. Plaidant coupable devant le juge, il est condamné en 1987 à la prison à vie.

Pollard doit ensuite patienter jusqu'à 1995 pour obtenir la nationalité israélienne et attendre 1998 pour qu'Israël le reconnaisse comme espion israélien.

- Lié à Madoff -

Année après année, les différents chefs de gouvernement israéliens demandent en vain sa remise en liberté aux autorités américaines.

Divorcé de sa première épouse Anne, qui avait été condamnée à 5 ans de prison pour complicité, M. Pollard est devenu pratiquant en prison, où il a croisé les pas de l'escroc Bernard Madoff.

Il s'est remarié en 1993 avec Esther Zeitz, une juive canadienne engagée dans la campagne pour sa libération.

Vu d'Israël ou des Etats-Unis, le cas Pollard n'est pas scruté avec le même éclairage.

"Pour les juifs américains, il soulève la question très sensible de l'éventuelle double loyauté de certains citoyens juifs des Etats-Unis, alors que pour Israël cette affaire est celle de la fidélité dans les relations avec le principal partenaire", a expliqué à l'AFP Michael Brenner, de l'American University de Washington.

seb/elm/ros