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18/11/2015 04:15 EST | Actualisé 18/11/2015 04:16 EST

«Je suis une femme tourmentée» - Anne Émond (ENTREVUE/PHOTOS)

Ismaël Houdassine

À tout juste 29 ans, timide et réservée, Anne Émond s’est imposée dans la cinématographie québécoise dès son premier long métrage Nuit #1 sorti en 2012. Elle a depuis gagné en assurance et accumule aujourd’hui les projets, notamment un film sur l’auteure Nelly Arcand. En attendant, la réalisatrice assure la promotion de son nouvel opus, Les êtres chers, dans nos salles dès vendredi. Rencontre.

Accompagner le lancement de ses films ou en parler aux médias n’a jamais été une partie de plaisir pour Anne Émond. Quand les photographes lui demandent de poser pour les photos, on la sent toujours un peu nerveuse et fébrile. Mais Le Huffington Post Québec a rencontré la semaine dernière dans le hall d’un hôtel du Vieux-Montréal une cinéaste plus épanouie, tout simplement heureuse d’être là.

«C’est vrai, j’ai acquis plus de confiance, a-t-elle lancé en riant. Mon expérience de tournage me permet d’aborder un art que je connais mieux. Je me sens inspirée. Je suis d’ailleurs fière de mon dernier film, ce qui m’aide probablement à vouloir le défendre avec force.»

Cette légèreté dans le ton ne doit pas cacher la gravité de son deuxième long métrage tournée dans le Bas-du-Fleuve, à Montréal et à Barcelone. Les êtres chers qui a eu un beau parcours dans le circuit des festivals internationaux (Locarno, TIFF, etc.) est une œuvre puissante où le thème parfois casse-cou du suicide est abordé avec beaucoup de finesse.

«Cela fait quinze ans que je pense à faire le film. J’ai d’ailleurs toujours su que j’allais raconter cette histoire. Qu’elle aboutisse enfin après plusieurs années d’écriture est un beau soulagement.»

Galerie photo «Les êtres chers» Voyez les images

Semi-autobiographique

Chronique familiale qui se déroule sur trois générations, Les êtres chers est une œuvre funeste traversée par les suicides successifs de deux pères de famille. «Dans notre société, on parle du suicide souvent à travers les statistiques, a-t-elle raconté. On simplifie le phénomène en cherchant des raisons, tout cela pour nous rassurer. Cette personne se tue parce qu’elle a un problème avec sa famille, un problème de jeu ou de drogue.»

Alors pour tous ceux qui cherchent des réponses à l’impensable, Anne Émond prévient qu’elle ne leur livrera aucune clé. Au contraire, son récit brouille les pistes en présentant une famille qui a tout pour être heureuse et pourtant… le mal de vivre rôde comme un fantôme jusqu’au geste ultime jamais vraiment éclairci.

«Dans la réalité, la dépression et la mélancolie frappent des gens qui n’ont en apparence rien de malheureux. C’est parfois inexplicable. J’ai voulu faire un film empli de subtilité, sans forcément résoudre les choses par des faits. J’espère être parvenue à en parler avec délicatesse. Je sais bien qu’on aurait pu affronter une telle histoire d’une manière plus sombre et fataliste. Je voulais au contraire y ajouter un côté lumineux.»

La mort pour raconter la vie des vivants en somme, en particulier ceux qu’on aime d’où le titre délicat des Êtres chers. La réalisatrice aborde ici un sujet intime qui lui tient à cœur pour des raisons difficiles à révéler. Elle ne veut pas rentrer dans les détails de sa vie personnelle, il reste que oui, les personnages du film sont des humains qu’elle a connus de près.

«Ce n’est pas entièrement biographique, mais disons qu’il y a dans Les êtres chers une part de mon histoire familiale. C’est pourquoi je me sentais tout à fait légitime d’en parler. Je l’ai fait avec le plus de sensibilité et d’honnêteté possible.»

Le spleen hanté par une mystérieuse angoisse existentielle n’est pas un sentiment qui lui est étranger. «Ça m’arrive de ressentir un vague à l’âme un peu inexplicable. Mais je vous rassure, je vais bien. Je fais du sport et j’ai des amis. Toutefois, je connais ce qu’est la tristesse. L’émotion m’interpelle, car j’ai bien conscience que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Au fond, je suis une femme tourmentée. On le ressent dans tous mes films.»

Les êtres chers – Les Films Séville – Chronique – 102 minutes – Sortie en salles le 20 novembre 2015 – Canada, Québec.

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