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17/11/2015 22:27 EST | Actualisé 17/11/2016 00:12 EST

France: sur les lieux des attentats à Paris, les habitués touchés chaque matin

A Paris, les habitués des quartiers où les jihadistes ont tué ne voient plus les lieux de la même manière. Chaque jour, en allant au travail ou en sortant de chez eux, les stigmates des attentats les renvoient au 13 novembre.

Devant la salle de spectacles Le Bataclan, les restaurants Le Petit Cambodge, La Belle Équipe ou La Bonne Bière, partout on trouve le même petit espace réservé, presque sacré, délimité par des bouquets de fleurs, des messages et des bougies, avec les photos des victimes. Un autel où personne ne peut ni ne veut poser le pied.

Sophie Soares esquisse un sourire triste, devant La Belle Equipe, rue de Charonne. "J'étais là vendredi jusqu'à 20h et je passe tous les matins", raconte cette femme de 44 ans qui habite à quelques mètres. Les yeux fixés sur le volet métallique, fermant le bar dans lequel 19 personnes ont perdu la vie, elle soupire: "j'espérais le trouver ouvert, mais je reviendrai tous les matins, et un jour je prendrai un café la tête haute", promet-elle, résolue.

Rue de la Fontaine-au-Roi, les fleurs recouvrent deux trottoirs. A travers la vitrine de La Bonne Bière, qui porte des impacts de balles, on aperçoit les chaises vides. Cinq personnes sont mortes ici, alors qu'elles prenaient un verre.

Rosanna, 42 ans, a emménagé en septembre dans une rue voisine. "C'est bizarre, je n'arrive plus à me souvenir à quoi le café ressemblait avant tout ça", confie-t-elle, visiblement choquée, en montrant les fleurs au sol. "Je suis venue à Paris pour du boulot, et je l'aime cette ville, mais là, je ne sais vraiment pas comment réagir".

- 'Lien physique' avec le quartier -

Une centaine de mètres plus loin, l'ambiance est plus pesante. Le restaurant Le Petit Cambodge et le café Le Carillon, dans lesquels 15 personnes sont mortes, sont un peu à l'écart du bruit de la circulation. Les passants sont silencieux. "Allez maintenant on va boire un verre", plaisante alors un homme, arrachant quelques sourires. "Oui, et en terrasse!", lui répond très sérieusement une femme.

Julie et Thomas, 24 ans, ont passé une partie de la nuit de vendredi enfermés dans un parking, pour se protéger des coups de feu. Tous deux sont étudiants dans une grande école de commerce du quartier.

"On a souvent voulu aller au Petit Cambodge, mais c'était toujours plein", raconte Julie. "Ça nous touche plus qu'un autre attentat en France parce qu'on adore tous ce quartier, on a un lien physique avec lui", affirme Thomas. Charlie Hebdo, c'était plus ciblé", poursuit leur camarade Clotilde, 22 ans, qui habite à quelques dizaines de mètres. "Là on nous montre que toute la jeunesse peut être touchée".

Devant le Bataclan, lieu de l'attentat le plus meurtrier (89 morts), se mêlent journalistes, passants et curieux. Parmi eux, Romain, 29 ans, résident du quartier, se sent "plus déprimé" après les attentats, et redoute la suite. "La traque touche à sa fin, les médias vont commencer à rentrer, et le pire commence maintenant: t'es laissé tout seul, livré à toi-même".

sac-jlo-bat/prh/pt