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18/11/2015 08:02 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

France: deux suspects tués, sept arrestations dans un raid visant le cerveau des attentats de Paris

Au moins un suspect a été tué, une femme kamikaze s'est fait exploser et sept personnes ont été arrêtées mercredi au cours d'un assaut policier en proche banlieue parisienne, qui ciblait le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats meurtriers de Paris.

Est-il mort ? A-t-il été interpellé ? Etait-il seulement sur place ? Rien n'a filtré pour l'instant. Le procureur de Paris, François Molins, en charge de l'enquête, tient un point-presse à 19H00 (18H00 GMT).

Petit délinquant bruxellois, Abdelhamid Abaaoud, 28 ans, est parti en 2013 en Syrie, où il est devenu l'un des visages de la propagande de l'Etat islamique (EI) sous le nom d'Abou Omar al-Baljiki ("le Belge"). Il s'était illustré fin 2014 par un aller-retour en Europe à la barbe des services de renseignement, pour y préparer des attentats finalement déjoués.

Grâce à "la téléphonie", aux "surveillances" et aux "témoignages", les policiers ont pensé qu'il était "susceptible de se trouver dans un appartement" de Saint-Denis dans la banlieue nord de Paris, a expliqué François Molins.

Quelque 110 policiers d'élite ont lancé l'assaut avant l'aube en plein coeur de cette ville populaire. "On se croirait en guerre", a témoigné Hayat, 26 ans.

L'opération s'est déroulée à moins d'un kilomètre du Stade de France, l'une des cibles des attaques revendiquées par l'EI et qui ont fait 129 morts et 352 blessés vendredi soir.

Deux suspects retranchés sont morts lors de ce raid: une femme qui a déclenché son gilet explosif - un acte sans précédent en France -, et un homme "atteint par des projectiles et des grenades".

Sept suspects ont été interpellés, trois dans l'appartement, deux "alors qu'ils étaient en train de se cacher dans les gravats", selon François Molins, et deux autres à proximité, dont le logeur des suspects.

- En cavale -

En cinq jours d'enquête, les policiers sont parvenus à remonter la piste des assaillants et à établir le scénario des attaques, "des actes de guerre planifiés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France avec des complicités françaises", selon le président François Hollande.

Trois équipes coordonnées composées de neuf hommes au total: trois kamikazes aux abords du Stade de France, trois dans la salle de spectacles du Bataclan, dans l'est de Paris, et trois assaillants pour les terrasses de bars et restaurants du même quartier.

Sur les sept kamikazes, quatre ont été identifiés: il s'agit de Français, dont au moins trois ont combattu en Syrie. Il reste à mettre un nom sur les trois autres, dont un homme passé par la Grèce cet automne et auprès duquel on a retrouvé un passeport syrien à l'authenticité douteuse.

Deux assaillants manquent toujours à l'appel. A commencer par Salah Abdeslam, frère d'un des kamikaze, Braham Abdeslam. Ce délinquant de 26 ans est activement recherché, notamment en Belgique.

Le dernier assaillant pourrait lui aussi être en cavale. A moins qu'il ne s'agisse d'un des deux hommes arrêtés à Bruxelles et soupçonnés d'avoir exfiltré Salah Abdeslam vers la Belgique après les tueries.

Un autre jihadiste français est dans le viseur des enquêteurs: Fabien Clain, 37 ans, qui a revendiqué les attaques parisiennes au nom de l'EI dans un enregistrement sonore.

- Pétrole -

Après le traumatisme, les autorités françaises ont organisé en quelques jours la riposte, qu'elles ont promise "impitoyable".

Le porte-avions Charles de Gaulle, fleuron de la Marine française, a appareillé dans la journée pour la Méditerranée orientale, où il devrait arriver en fin de semaine. Il devrait muscler les frappes en Syrie contre l'EI, alors que Paris tente de coordonner son action avec Washington et Moscou.

Mardi soir, des bombardements français ont à nouveau bombardé Raqa, fief syrien de l'organisation jihadiste, pour le troisième jour consécutif. Raqa a été aussi mardi la cible de frappes russes. Les bombardements des deux pays au cours des dernières 72 heures dans le nord de la Syrie ont causé la mort de 33 jihadistes de l'EI, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Après les Français et les Américains, les Russes ont annoncé qu'ils allaient frapper des cibles liées au pétrole, principale ressource financière de l'EI, en l'occurence des camions-citerne.

En France, le gouvernement a présenté un projet de loi pour prolonger de trois mois l'état d'urgence et le muscler. Il sera examiné en fin de semaine au Parlement.

Ce dispositif exceptionnel a permis de multiplier les opérations de police dans les milieux islamistes. En trois jours, plus de 400 perquisitions ont été menées, 118 personnes assignées à résidence et 60 placées en garde à vue, selon le gouvernement.

Le président François Hollande, qui a adopté une posture martiale depuis ce week-end, a toutefois appelé ses concitoyens à ne pas céder "à la peur", "à la stigmatisation" ou à "la surenchère". "Il n'y a plus de clivages partisans qui tiennent", a-t-il encore dit.

Las, le chef de l'opposition de droite et ancien président Nicolas Sarkozy a mis en cause le gouvernement socialiste, en déplorant "trop de temps perdu" depuis les attentats de janvier, qui avaient fait 17 morts.

En Belgique aussi, les possibles "failles" des services de sécurité étaient l'objet d'une polémique. Le parquet fédéral a révélé mercredi que la police belge avait interrogé avant les attentats les deux frères Abdeslam, mais qu'ils "ne montraient pas de signe d'une possible menace".

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