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18/11/2015 07:51 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

France : Dans le centre de Saint-Denis en plein assaut, "on se croirait en guerre"

"C'était la guerre ici". Détonations, tirs en rafales, militaires déployés et survol d'hélicoptère ont réveillé mercredi avant l'aube les habitants du centre de Saint-Denis, au nord de Paris, où un assaut a été donné dans un appartement, semant la panique pendant plusieurs heures.

L'opération, qui visait notamment l'organisateur présumé des attentats de vendredi à Paris, a démarré peu après 04H00 (03H00 GMT). "On dormait, on a entendu des coups de feu. J'ai vu les policiers dans la rue qui criaient +les mains en l'air+. Ils ont évacué l'immeuble en face de chez moi", raconte Rim Grami, 35 ans.

L'appartement visé est situé dans un petit bâtiment de trois étages "qui compte 38 logements", dont beaucoup sont insalubres, a précisé Stéphane Peu, maire adjoint en charge du logement.

"Ils ont amené des chiens, des petits hélicoptères avec des caméras pour voir à l'intérieur (...). Ils ont cassé toutes les fenêtres", poursuit Rim. Depuis, son fils de 10 ans "n'arrête pas de pleurer : dès que je regarde par la fenêtre il me dit +on va te tirer dessus+".

Samira, 39 ans, sociologue, a également été réveillée "par des explosions très fortes et de longs moments de tirs". "Avec mon compagnon on s'est dit +ça y est, ça repart+, ça a tellement fait écho à ce qui s'est passé vendredi".

"On a eu très peur quand ils ont illuminé les toits avec l'hélicoptère. On a pensé que des gens s'étaient échappés. Je me suis dit : +on va se retrouver avec des forcenés dans les rues+".

Elle a suivi les consignes de sécurité de la préfecture de police, qui a recommandé aux habitants de ne pas sortir. Selon Stéphane Peu, entre 15.000 et 20.000 personnes sont restées confinées durant l'intervention, qui s'est achevée en fin de matinée.

Le centre de cette ville, juste au nord de Paris, a été entièrement bouclé par les forces de l'ordre, les écoles et collèges fermés pour la journée et le trafic des métros, bus et tramways desservant la ville interrompu.

Peu avant 07H30 (06H30 GMT), des détonations étaient encore entendues. Une cinquantaine de militaires étaient déployés à l'entrée du périmètre de sécurité, le long des vitrines des magasins, fusils d'assaut à la main.

- 'J'ai rendu service' -

"C'était la guerre. On n'avait pas le droit de sortir, ça fait peur. D'ailleurs on a toujours peur", souligne Hayet, qui habite près de l'appartement visé. A la fin de l'assaut, elle s'est rendue à la cellule de soutien psychologique mise en place par la mairie. "ça résonnait tellement. On avait peur que ces gens tirent sur tout le monde..."

"On se serait cru dans un film avec des snipers", confirme une autre riveraine, qui veut garder l'anonymat. "Les explosions, on croyait que c'était dans la cuisine ou chez la voisine. L'hélico a éclairé mon salon".

Jawad Bendaoud, une trentaine d'années, affirme que c'est dans son appartement qu'a eu lieu l'assaut. "Un ami m'a demandé d'héberger deux de ses potes pour quelques jours", a-t-il raconté à l'AFP. "J'ai dit qu'il n'y avait pas de matelas, ils m'ont dit +c'est pas grave+, ils voulaient juste de l'eau et faire la prière. J'ai rappelé mon ami. Il m'a dit qu'ils venaient de Belgique".

"On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service, je n'étais pas au courant que c'étaient des terroristes", a expliqué cet homme, qui a été ensuite menotté et emmené par les policiers.

Selon une de ses amies, Hayat, 26 ans, l'appartement serait en réalité un squat, dont elle a aussi profité. Elle a également été interpellée.

Dans la rue, un jeune homme de 19 ans assure avoir vu deux des hommes de l'appartement. "Ils se cachaient pas, ils étaient normaux. ça faisait deux jours qu'ils étaient là", dit-il, décrivant "un grand barbu de forte corpulence et un petit et mince". "La fille je l'ai pas vue".

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