NOUVELLES
18/11/2015 13:32 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

France: 4h20, l'assaut est lancé

Ils sont montés, à pas feutrés, jusqu'au troisième étage. Face à eux, une porte blindée, celle d'un appartement de la région parisienne, potentielle planque de jihadistes. Dans le silence complet, ils posent des explosifs sur la porte: il est 4H20 (locales) quand l'assaut est donné.

Dans ce quartier du centre de Saint Denis, au nord de Paris, des dizaines de policiers sont déployés, des snipers positionnés sur les toits alentours. Il fait nuit noire.

Objectif des forces de police, deux appartements mitoyens d'un immeuble à quelques encablures du Stade de France, ciblés grâce à un témoignage reçu lundi en fin de journée. Abdelhamid Abaaoud, cerveau présumé des tueries du 13 novembre, qui ont fait 129 morts et 352 blessés à Paris et Saint-Denis, pourrait s'y trouver avec des complices.

Selon le procureur de Paris, François Molins, les enquêteurs ont passé des heures à recouper l'information, "objet de nombreuses vérifications, en particulier téléphoniques et bancaires".

Les policiers d'élite, eux, ne savent quasiment rien: seulement "l'adresse" des appartements, mais pas leur "configuration", et que "trois personnes", dont "une femme" pourraient s'y trouver, a expliqué leur patron, Jean-Michel Fauvergue, mercredi soir sur la chaîne TF1.

Les équipes sont en place. Détonation. Des centaines de riverains se réveillent en sursaut. Mais la porte blindée a résisté.

"Visiblement les explosifs n'ont pas fait leur effet", a déploré Jean-Michel Fauvergue. "On a perdu l'effet de surprise, qui nous est bien utile dans ces affaires-là".

Les troupes d'élite se positionnent alors derrière la porte, équipées "de boucliers antiballes".

A l'intérieur, les jihahistes ripostent. Des échanges de "tirs très nourris et quasi-ininterrompus" s'en suivent "pendant près d'une heure", a détaillé le procureur. L'opération nécessite "l'usage de fusils d'assaut, de tirs de snipers, de grenades offensives, d'explosifs"...

Une chienne d'assaut du Raid, Diesel, malinois de 7 ans, est tuée par les jihadistes.

"Je peux vous dire que du côté police on a tiré quasiment plus de 5.000 munitions", a précisé le procureur.

Au dehors, le centre de Saint-Denis est bouclé, 15.000 à 20.000 habitants, priés de rester chez eux, écoutent les détonations, angoissés.

- 'Acte kamikaze' -

Vers 04H45, les hommes du Raid parviennent "à interpeller, dans leur zone d'intervention, trois individus", immédiatement placés en garde à vue, poursuit le procureur. Leur identité est encore en cours de vérification.

Une explosion retentit soudain: "un acte kamikaze", "une femme", qui aurait "activé son gilet explosif", selon les premiers éléments de l'enquête. Mais "l'examen des corps et débris de corps" doit encore être effectué, souligne François Molins.

"Un corps criblé d'impacts", probablement atteint par des projectiles et des grenades, est également découvert "dans les décombres". Son état ne permet pas, là non plus, d'identification.

L'intérieur de l'immeuble est partiellement détruit, le plancher du troisième étage menace de s'effondrer, mais le Raid poursuit sa progression. Ils découvrent "deux hommes, dont l'un est blessé", qui tentent de se cacher dans les gravats. Eux aussi sont interpellés.

Trois autres personnes sont arrêtées à proximité: un homme qui a dit à l'AFP avoir hébergé dans l'appartement deux personnes "qui venaient de Belgique", une de ses amies, ainsi que l'homme qui l'aurait mis en contact avec ces jihadistes.

Fin de l'assaut. Il fait jour dans Saint-Denis déserté. Les écoles et collèges sont fermés, le trafic des métros, bus et tramways interrompu.

Bilan: au moins deux morts, huit interpellations. Mais Abdelhamid Abaaoud et Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats du 13 novembre lui aussi activement recherché, n'en font pas partie.

Cinq policiers du Raid ont aussi été blessés. Tous "sont sortis des hôpitaux" et "rentrés chez leur famille" mercredi soir, selon leur chef.

"Un assaut d'une extrême difficulté", estime François Molins, qui souligne "le courage, la rigueur, le sang froid, le professionnalisme et l'abnégation" des policiers.

Une situation de "guerre", conclut Jean-Michel Fauvergue.

zap/at/mw/lpt