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18/11/2015 02:20 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

Espagne: une seule banque de gènes privée pour identifier les "disparus" du franquisme

L'Espagne est dotée depuis 2011 d'une petite banque de gènes, pour l'identification des disparus de la guerre civile espagnole et du franquisme, mais il s'agit d'une initiative privée sans soutien de l'Etat.

Deux neveux de disparus, Roger Heredia et Joan Malagarriga, ont fondé en 2011 cette structure afin de disposer d'échantillons d'ADN de chaque famille et permettre une comparaison avec les restes non identifiées des fosses communes exhumées.

"Les descendants des disparus sont très âgés et ils sont en train de disparaître non seulement sans savoir où leurs parents sont inhumés mais aussi sans laisser de patrimoine génétique", regrette M. Heredia, par ailleurs membre de la police scientifique.

"Quand nous autres, les enfants de disparus, nous nous en irons, ce sera comme s'il ne s'était jamais rien passé", redoute ainsi Eduard Martí Valls, qui cherche depuis des décennies à localiser les restes de son père républicain tué en 1938 en Aragon (nord-est) et a commencé à perdre espoir.

A bientôt 90 ans, il vient de faire enregistrer son profil ADN à Barcelone, au cas où les restes de son père seraient exhumé après sa mort.

Créer une banque de gènes, "c'est une mesure de bon sens qui a déjà été mise en oeuvre dans de nombreux pays, en Bosnie, en Argentine, au Guatemala", souligne aussi M. Malagarriga.

Il n'existe cependant aucune structure officielle de ce type en Espagne, bien que les associations estiment à plus de 100.000 le nombre de "disparus" pendant la guerre civile et la dictature de Francisco Franco (1939-1975).

La banque de gènes barcelonaise a été lancée en collaboration avec le laboratoire de génétique criminelle de la Faculté de médecine de l'Université de Barcelone.

Ce sont les familles elles-mêmes qui versent les 150 euros de chaque enregistrement d'ADN.

"On en est toujours au même stade qu'au moment de la mort de Franco il y a 40 ans, rien n'a été fait" par l'Etat, spécifiquement pour que les restes des disparus soient tous restitués, assure M. Heredia, en dépit de l'adoption en 2007 d'une Loi sur la mémoire historique censé encourager ces recherches, à l'initiative du gouvernement socialiste alors au pouvoir.

Depuis le début des années 2000, on a pu recenser les restes de quelque 6.300 disparus, mais essentiellement grâce au travail d'associations de proches.

Jusqu'à présent, la banque ADN barcelonaise a recueilli 87 échantillons. Une collecte encore faible, disent ses fondateurs, comparée aux 22.000 profils ADN de la structure créée après le massacre de Srebrenica (1995)en Bosnie ou les 9.000 recueillis par la banque nationale des données génétiques créée en Argentine après la dictature.

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