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18/11/2015 05:57 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

Attentats de Paris: entre l'exécutif et l'opposition, la concorde est déjà rompue

Après La Marseillaise entonnée d'une seule voix par les parlementaires et le président François Hollande sous l'émotion des attentats meurtriers à Paris, la tension est vite remontée entre le pouvoir socialiste et l'opposition de droite qui est repassée à l'offensive.

Dans un entretien mercredi au journal Le Monde, l'ex-président de la République et chef du parti Les Républicains Nicolas Sarkozy ne ménage pas les critiques contre son successeur socialiste et le gouvernement, cinq jours après les attentats (129 morts et 352 blessés). Ses propos surviennent au lendemain d'une séance houleuse à l'Assemblée nationale.

"Habituellement, après un attentat, on passe par trois phases: celle de +unité! unité! unité!+, celle où on se pose des questions, au bout de quelques jours, et enfin celle où on dit: C'est la faute du gouvernement. Mais là, on est passé très vite à la troisième phase", commente le politologue Philippe Braud.

Le chef de l'Etat a annoncé lundi devant le Parlement un projet de loi pour prolonger l'état d'urgence, un renforcement des effectifs de police, et repris plusieurs propositions formulées de longue date par la droite et l'extrême droite, dont la possibilité de retirer la nationalité française aux bi-nationaux.

Dans Le Monde, Nicolas Sarkozy se félicite d'un "revirement spectaculaire" de la politique sécuritaire de François Hollande, mais c'est pour mieux dénoncer les "failles" révélées par ces attentats, dix mois après ceux contre le journal satirique Charlie Hebdo, une policière et un magasin casher.

"A quel niveau de victimes faut-il fixer la barre pour employer le mot ("failles")? Est-ce que toutes les conséquences ont été tirées après les attentats du mois de janvier? La réponse est non. Trop de temps a été perdu", accuse M. Sarkozy.

"Le gouvernement n'a pas non plus tiré toutes les conséquences de notre intervention militaire en Syrie sur le plan de la sécurité intérieure", argumente-t-il encore, estimant qu'il "aurait fallu renforcer notre dispositif antiterroriste" aussitôt.

Fin septembre, la France a élargi de l'Irak à la Syrie ses bombardements contre les jihadistes de l'Etat islamique, qui ont revendiqué les attentats de Paris.

Selon l'ancien chef de l'Etat, "il faudra sans doute passer par la création d'une commission d'enquête parlementaire" afin de "tirer les enseignements de ce qui s'est produit".

- Campagne électorale -

Ces déclarations surviennent alors que François Hollande comme Nicolas Sarkozy ont en ligne de mire la prochaine présidentielle de 2017. Le président français reste très impopulaire dans le pays. De son côté, son prédécesseur de droite, qui ne s'est pas encore déclaré, est aux prises dans son camp à une forte opposition, notamment de l'ancien Premier ministre Alain Juppé.

La manifestation d'unité nationale avait été forte lundi lors d'une réunion solennelle du Parlement à Versailles. Mais dès le lendemain, la séance hebdomadaire des questions d'actualité à l'Assemblée nationale a retrouvé ses travers houleux entre gauche et droite.

Un député des Républicains, Charles de la Verpillière (LR), a interrompu le Premier ministre Manuel Valls d'un bruyant "c'est bien trop tard" au sujet de la réponse gouvernementale aux attentats. Et la ministre de la Justice, Christiane Taubira a été huée par l'opposition avant même de prendre la parole.

"M. Sarkozy a rompu trop vite avec l'atmosphère de cette première phase d'unité. Et son attitude va se retourner contre lui, car l'émotion est encore très forte en France", prédit Philippe Braud.

Les attentats surviennent trois semaines avant des élections régionales qui s'annoncent comme une déroute pour la gauche au pouvoir, et où la droite se trouve en concurrence directe avec l'extrême droite de Marine Le Pen. Dans ce contexte de campagne électorale, l'opposition navigue entre critiques et solidarité.

Pour Alain Juppé, la solidarité avec le chef de l'Etat doit l'emporter, car "la France a besoin d'unité, et les Français demandent cette unité".

La cohésion nationale va vite être testée. Le Parlement commence dès cette fin de semaine l'examen du prolongement de trois mois de l'état d'urgence. Avant une possible révision de la Constitution, voulue par l'exécutif dans les trois mois et qui suscite déjà des réticences.

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