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18/11/2015 08:50 EST | Actualisé 18/11/2016 00:12 EST

Après les attentats, plus de frappes contre l'EI mais pour quoi faire?

Plus de frappes, plus de cibles et une coalition ouverte aux Russes: l'offensive contre le groupe Etat islamique (EI) s'accélère depuis les attentats de Paris mais elle ne conduira nulle part sans une solution politique en Syrie, mettent en garde des experts.

Dans un tournant spectaculaire, la France, hier très méfiante devant l'intervention russe en Syrie, a proposé à Moscou de s'associer à une grande coalition contre l'EI, quatre jours à peine après le séisme des attentats qui ont fait 129 morts.

Le Kremlin a aussitôt annoncé une "coordination plus étroite" des services de renseignement des deux pays et demandé à la marine russe, qui va côtoyer le porte-avions français en Méditerranée orientale, "d'établir un contact direct et de travailler avec les Français comme avec des alliés".

La Russie, qui jusque-là a surtout frappé l'opposition dite modérée (par les Occidentaux) au régime de Bachar al-Assad, a aussi déployé les grands moyens mardi contre l'EI, ciblant son fief de Raqa (nord) avec des bombardiers stratégiques et des missiles de croisière.

"D'une certaine façon Poutine a réussi à réintégrer le concert des nations après en avoir été banni" pour cause d'annexion de la Crimée, souligne Michel Goya, historien militaire et professeur à l'Institut d'Etudes Politiques (IEP) de Paris.

Parallèlement, l'aviation française, engagée depuis septembre en Syrie, a intensifié ses opérations contre l'EI, avec trois raids massifs de Rafale et Mirage sur Raqa en 48 heures.

L'objectif est "de frapper plus intelligemment tous ensemble sur Daech (acronyme de l'EI en arabe), de faire mal à Daech avec des cibles plus méchantes", relève-t-on de source diplomatique française.

-Camions-citernes -

Américains et Français ont commencé à frapper des sites pétroliers et les camions-citernes qui fournissent de précieux revenus à l'organisation, et pourraient cibler des axes routiers majeurs pour l'EI dans l'est de la Syrie, indique-t-on de source gouvernementale française.

"On peut pousser le curseur un peu plus loin sur les cibles", concède un responsable militaire français, tout en mettant en garde contre le risque de dégâts collatéraux. "Un innocent tué, cela crée dix combattants", souligne-t-il.

L'aviation russe a de son côté reçu l'ordre mercredi de tirer à vue sur les camions-citernes transportant du pétrole dans les zones tenues par l'EI.

Mais cette campagne de frappes ne pourra suffire à elle seule à inverser la donne dans un pays où la population sunnite, qui fournit le gros de la rébellion anti-Assad, écrasée sous les bombes du régime de Damas, cède un peu plus aux sirènes jihadistes à chaque coup porté.

Les moyens de la coalition ne sont tout d'abord "pas si importants que cela" et la contribution de la France "est une goutte d'eau", avec sept raids en Syrie depuis deux mois, rappelle Michel Goya. Les Américains ont frappé 2.500 fois en un an en Syrie, soit ce que les Israéliens ont fait en un mois contre le Hamas à Gaza avec un effet militaire "très faible", souligne-t-il.

"Pour que les frappes soient plus efficaces, il faudrait engager des hélicoptères de combat, des avions d'attaque, voire de l'infanterie légère, des forces spéciales" au plus près de l'adversaire, estime-il comme nombre d'analystes.

Mais Américains et Français excluent toute intervention au sol. L'opposition syrienne est quant à elle trop dispersée, trop déchirée, et trop poreuse aux islamistes radicaux, pour se lancer dans une offensive terrestre contre l'EI.

- La question sunnite centrale-

Les frappes risquent en outre de s'avérer contreproductives si elles s'attaquent à des points névralgiques pour l'économie locale. "Si on prive les gens de leurs revenus de base, ils seront forcés de fuir ou de rejoindre l'EI", anticipe Hassan Hassan, analyste au centre d'études Chatham House de Londres.

Pour Michel Goya, la question des sunnites reste centrale. "Si aucun des problèmes qui ont fait que l'EI existe et prospère n'est résolu, cela sera très compliqué (..) il faut un projet politique pour les arabes sunnites", dit-il.

Ce projet et son corollaire, celui du maintien ou non du président Bachar al-Assad au pouvoir, est au coeur des négociations engagées à Vienne entre Russes, Occidentaux, Iraniens et pays du Golfe pour tenter de trouver une issue politique en Syrie.

"Il n'y aura pas de solution militaire en Syrie, il faut une solution politique. Et avant que nous gagnions face à Daech en Syrie, il faudra beaucoup de temps", martèle le responsable militaire.

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