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17/11/2015 04:40 EST | Actualisé 17/11/2015 04:41 EST

«La joie d'être gai» de Les Trois Accords: gaité grunge (ENTREVUE)

JFCYR

L’absurde n’a jamais fait peur au groupe québécois Les Trois Accords, qui en a même fait un puissant carburant au fil de sa carrière. Le cinquième album La joie d’être gai, qui paraîtra le 20 novembre, n’échappe pas à la tradition: on ironise la vie et on jongle avec les mots. Mais derrière les artifices et les drôleries qui étonnent toujours, une musique vitaminée nouveau genre et des thèmes pas si niaiseux. Rencontre.

En couverture d’une pochette kitsch à souhait, un dauphin et une licorne semblent vivre le parfait bonheur sous un arc-en-ciel qui court dans un ciel étoilé. Cerise sur le gâteau, un mauve heureux habille le monde mystique de ces deux animaux. Bienvenue dans l’étrange univers du quatuor de Drummondville, formé il y a une quinzaine d’années.

Les deux complices

L’album a été enregistré dans un studio de Brooklyn avec Gus Van Go et Werner F, collaborateurs de longue date du groupe, complété par Alexandre Parr (guitare), Charles Dubreuil (batterie) et Pierre-Luc Boisvert (basse).

« Gus est presque devenu un membre du groupe, affirme le chanteur-guitariste Simon Proulx. C’est le troisième album qu’il fait avec nous. Même le disque (carrière solo) que j’ai sorti seul en début d’année, c’était avec lui. Werner, qui est coréalisateur, était surtout là pour le volet musical, d’autant plus qu’il ne parle pas français […] On a fait beaucoup d’allers-retours à Brooklyn. En tout, on a passé environ un mois et demi là-bas. Il faut ajouter au moins un autre mois de mon côté pour faire les voix et les guitares... »

« J’essayais d’arriver avec des textes bien travaillés sur le plan de la forme et de l’écriture, renchérit Proulx. Parfois, ça s’est fini durant le processus de création. Ensuite, les gars apportaient leurs idées. Gus a aussi fait partie de la direction artistique des chansons. »

Quant aux paroles elles-mêmes, rien de bien nouveau sous l’arc-en-ciel: Proulx a signé les dix morceaux que renferme le disque. Puérile et superficielle cette écriture ? À vous d’en juger, mais force est d’admettre que derrière ses airs clownesques, le groupe aborde quelques thèmes plutôt sérieux comme l’amour et l’homosexualité. C’est juste que pour Les Trois Accords le chemin pour s’y rendre zigzague au milieu d’un décor qui sort de l’ordinaire.

Cet humour absurde, disions-nous dans l’introduction, a toujours été la marque de commerce de la formation. Une fois de plus, il teinte le travail des Trois Accords. Leurs chansons, comme J’épile ton nom, sont truffées de double sens et d’idées loufoques.

« Je pense qu’au début, on fleuretait plus avec l’écriture automatique, explique le chanteur. J’ai dit ça mille fois, mais c’est important : à la création du groupe, on voulait faire un hommage à Paul & Paul (duo d’humoristes - Claude Meunier et Jacques Grisé – auquel s’est greffé Serge Thériault). Nos textes étaient extrêmement absurdes. C’était plus théâtral aussi. C’était bien plus un concept qu’un band de rock. Le côté plus narratif est arrivé avec le temps. J’ai l’impression que l’abstrait s’est estompé. Maintenant, je cherche davantage à raconter une histoire (citons Dans le coin ou L’esthéticienne). »

À cet égard, Les Dauphins et les licornes s’avère certainement l’une des pièces les plus originales du disque. Au dire de Proulx, c’était à la base une histoire de suicide dans laquelle il y avait une scène morbide, incluant une offrande. « Genre de pochette de Joy Division! Mais j’ai réalisé en l’écrivant qu’elle tournait davantage d’une histoire d’amour entre deux hommes. Le tragique s’est transformé en beauté (rires). De toute façon, j’aime que ce soit flou, indéfini. Les gens l’interprèteront à leur façon. »

Un grunge heureux

Outre la touche colorée dans les textes, l’album témoigne par ailleurs d’une signature musicale relativement nouvelle. Les arrangements y sont un peu plus costauds qu’à l’habitude et la couleur grunge de certains titres distingue cette proposition-ci des autres opus. La chanson-titre de l’album porte justement le flambeau du grunge, style musical dérivé du rock, devenu très populaire dans les années 1990.

« Ce n’est pas un album grunge, mais on avait le genre en tête en produisant le disque, raconte Proulx. Même si on a vécu cette époque du grunge (durant leur jeunesse), c’était spécial d’aller là. On n’a jamais fait ça. C’est un nouveau son et tout ça a demandé beaucoup de travail. »

La joie d’être gai propose donc un nouvel univers musical. C’est aussi l’occasion de se familiariser avec de nouveaux thèmes, à commencer par celui de l’homosexualité. « Autour de nous, dans nos amis de Drummondville, on a vu des jeunes quitter rapidement leur famille pour venir à Montréal. Je ne connais pas tant la situation. Avec La joie d’être gai ou encore Dans mon coin, j’ai inventé une histoire avec un œil extérieur. C’est un thème que j’avais envie d’aborder… C’est certain qu’il y a des difficultés à être homosexuel, mais il y a aussi de belles histoires dans l’amour gai… »

Les Trois Accords

La joie d’être gai, sous étiquette Les disques de la Tribu

Sortie le 20 novembre

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