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16/11/2015 10:35 EST | Actualisé 17/11/2015 11:00 EST

Les réfugiés sont bien «filtrés» par les services de renseignement, dit l'experte en terrorisme Janine Krieber (VIDÉO)

Le système de filtration des réfugiés mis en place par les services de renseignement canadiens est fiable, avance l'experte en matière de sécurité et de terrorisme Janine Krieber. Elle se désole de voir la popularité de la pétition contre l'arrivée en sol canadien de 25 000 réfugiés syriens, lancée au lendemain des attentats sanglants de Paris qui ont fait 132 morts vendredi.

«La population fait des raccourcis» en croyant que les actes terroristes risquent de se multiplier avec l'arrivée de réfugiés, affirme Janine Krieber, en entrevue avec le Huffington Post Québec. «On a un système de filtre pour les immigrants et pour les réfugiés qui marche bien», poursuit la professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean. Celle qui suit de près le travail des services de renseignement indique que les corps policiers du pays ne sont pas du tout «dépassés par les évènements»

La spécialiste, aussi femme de l'actuel ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion, rappelle que la vaste majorité des réfugiés sont des personnes qui fuient la dictature, la torture, et qu'ils ont avant tout besoin d'être intégrés et accueillis à «bras ouverts» par les Canadiens, comme ce fut le cas avec les réfugiés vietnamiens qui ont fui le communisme dans les années 70. À l'inverse, une attitude de rejet et d'isolement à leur égard risque d'encourager la radicalisation de certains réfugiés, surtout les jeunes, qui pourraient être facilement manipulés par les «recruteurs djihadistes».

La police traque les recruteurs djihadistes

Les recruteurs sont les personnes les plus dangereuses, poursuit Mme Krieber, ce sont des personnes qui attirent les jeunes par de belles paroles, en leur faisant croire qu'ils peuvent changer les choses en se joignant à un mouvement radical. «Ils font bien attention de ne rien faire de mal, il est donc impossible de les arrêter», ajoute-t-elle.

Ces recruteurs sont pour la plupart connus et traqués par les services de renseignement, mais dans un système démocratique où il faut attendre que la personne pose un geste illégal pour l'arrêter, il est impossible d'en faire plus pour contrer leurs activités. Il est important que ces droits et libertés soient respectés, au risque que des attentats soient perpétrés, croit Mme Krieber. De toute façon, «même si on mettait des milliards de dollars de plus pour la surveillance et la sécurité [...] il n'y aucun moyen réel d'empêcher complètement les actes terroristes», dit-elle. Il y aura toujours au moins une maille dans le filet de sécurité, aussi minuscule soit-elle.

Janine Krieber, professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean.

Bracelets électroniques sur des «terroristes suspectés»?

L'ex-président français Nicolas Sarkozy a martelé des propositions-chocs pour contrer le terrorisme dimanche, dont celle d'imposer à toute personne suspectée d'activité terroriste le port d'un bracelet électronique. «Je ne suis pas juriste, mais ça ne me semble pas très constitutionnel!» s'exclame Janine Krieber. Elle craint que ce genre d'action engendre de sévères dérapages. Par exemple, un individu tenant des propos que la police juge «inquiétants» pourrait se faire imposer le port du bracelet. Comment tracer la ligne entre ce qui peut se dire et ne pas se dire? C'est un exercice difficile, et ce n'est pas à la police de le décider, répond-elle. Une chose est sûre, à son avis: «Il faut préserver l'équilibre entre nos droits de parole et la sécurité», dit-elle, car au nom de la sécurité, on peut aller jusqu'à brimer le droit d'exprimer nos opinions, et à partir de ce moment, la démocratie cesse d'exister.

Une pétition pour riposter à la «pétition xénophobe»

Lundi, une pétition en faveur de l'arrivée de 25 000 réfugiés a vu le jour pour riposter à celle s'opposant à leur arrivée. Au moment d'écrire ces lignes, la pétition en faveur des réfugiés avait récolté plus de 35 000 signatures, tandis que celle pour un «moratoire» sur l'accueil des migrants était sur point de dépasser le cap des 70 000 signatures.

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