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11/11/2015 03:29 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

Pauvreté: la Roumanie est dans le déni, estime un responsable de l'ONU

Une forte proportion de la population roumaine, notamment les Roms, est touchée par la pauvreté mais les responsables "sont dans le déni concernant l'ampleur de la pauvreté et de la discrimination", a déclaré mercredi un responsable des Nations Unies, Philip Alston, à l'issue d'une visite dans ce pays.

"La Roumanie occupe la dernière place, ou presque, en ce qui concerne l'éducation, la santé, le logement et les services sociaux" au sein de l'Union européenne, a déclaré M. Alston, rapporteur spécial de l'Onu pour la pauvreté extrême et les droits de l'Homme, au cours d'une conférence de presse à Bucarest.

Alors que "plus de 40% de la population court un risque de pauvreté et d'exclusion sociale", les dépenses de l'Etat visant à améliorer la situation sont "extrêmement basses", a-t-il regretté.

"Il y a une statistique qui fait état d'une forte baisse du taux de pauvreté ces 10 à 15 dernières années (...) mais, selon la Banque mondiale, elle n'est pas fiable", a lancé M. Alston.

Selon lui, sur la base de ces chiffres trompeurs, "un haut responsable du ministère des Finances est allé jusqu'à dire que +la Roumanie a beaucoup de problèmes mais, heureusement, la pauvreté extrême n'en est pas un+".

La situation est particulièrement dramatique pour les enfants, dont 34% souffrent de "privations matérielles sévères", et pour les Roms, dont 90% des foyers vivent dans la pauvreté et 84% sont privés d'eau courante et d'électricité.

Là encore, de nombreux responsables ont "nié tout problème" et toute discrimination visant les Roms, l'un d'entre eux évoquant des "gens qui ne veulent pas travailler".

Selon M. Alston, la Roumanie a bien adopté une stratégie nationale visant l'intégration de cette communauté, mais elle "manque la volonté politique de l'appliquer", alors que le gouvernement n'a pas alloué de fonds pour sa mise en oeuvre.

"La réponse n'est pas que ces gens veulent être pauvres mais que le gouvernement ne veut pas jouer le rôle qui lui incombe pour les faire sortir de la pauvreté", a-t-il souligné.

Evoquant l'incendie d'une discothèque fin octobre à Bucarest, qui a fait 50 morts et suscité une vague de contestation sans précédent contre la classe politique, le rapporteur a estimé que ce drame aussi a mis en lumière "le déni, la corruption, les services gouvernementaux inadéquats et un refus d'assumer des responsabilités".

mr/at