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11/11/2015 09:59 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

Migrants: l'UE se tourne vers l'Afrique, la Slovénie pose des barbelés

Les Européens veulent convaincre l'Afrique de limiter l'afflux de migrants vers l'UE mais continuent de répondre à ce problème en ordre dispersé, comme le montrent les barbelés posés en Slovénie, lors d'un sommet commun mercredi à Malte.

Le sommet de la Valette espère emporter l'adéhsion des dirigeants africains en lançant un fonds d'aide pour l'Afrique, que la Commission européenne espère porter à 3,6 milliards d'euros, avec la contribution de chacun des 28 Etats membres.

En Europe, après les clôtures récemment érigées par la Hongrie, le gouvernement slovène, débordé, a commencé mercredi à installer des barbelés à sa frontière avec la Croatie pour mieux contrôler l'arrivée des migrants. Mais les frontières "resteront ouvertes", a assuré son Premier ministre, Miro Cerar.

"Nous n'aimons par les clôtures, cela nous rappelle le passé, les guerres", s'est néanmoins ému le maire d'une commune frontalière croate.

La crise migratoire, qui met à mal la cohésion de l'UE, ne connaît aucun répit à l'approche de l'hiver. Au moins 18 migrants, dont sept enfants, sont encore morts noyés mercredi au large des côtes turques en tentant de rejoindre la Grèce.

Au total, près de 800.000 personnes sont arrivées dans l'UE par la mer depuis le début de l'année, selon des chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

L'Allemagne, l'un des pays où la pression est la plus forte, pourrait dépenser jusqu'à 14,3 milliards d'euros en 2016 pour l'accueil des réfugiés, selon des économistes conseillant le gouvernement allemand.

- 'Causes profondes' -

Face à ces défis, les Européens et une trentaine de dirigeants africains sont convenus de s'attaquer ensemble aux "causes profondes" qui poussent encore tant d'Africains à partir.

"La migration n'est pas une fin en soi pour l'Afrique, au contraire", a lancé le président sénégalais, Macky Sall, à l'ouverture.

Cette rencontre euro-africaine avait été programmée au lendemain d'un naufrage dramatique, cet été, au large de la Libye, la "route" empruntée par des dizaines de milliers de migrants africains.

Depuis, l'attention s'est déplacée vers les Balkans et les demandeurs d'asile syriens toujours plus nombreux, mais les flux venant d'Afrique n'ont pas cessé. Et les Européens sont décidés à dissuader ceux qu'ils ne considèrent pas comme des réfugiés, sauf exceptions comme les Érythréens.

L'une des discussions les plus épineuses concerne les "retours et réadmissions" en Afrique des migrants irréguliers, que l'UE veut accélérer.

"Un sujet difficile", a reconnu le président sénégalais, dirigeant en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

La réadmission "dépend aussi des conditions qui seront mises place", a renchéri son homologue nigérien, Issoufou Mahamadou.

Le sommet devrait déboucher sur un "plan d'action", avec des aides financières et logistiques, des plans de réinsertion ciblés notamment d'ici fin 2016.

Mais les pays africains ne cachent pas leur agacement devant le "deux poids, deux mesures" entre le traitement de leurs ressortissants et celui des demandeurs d'asile syriens. Ils demandent à l'UE de garantir des "canaux de migration légale" (tourisme, études, travail), alors que les dirigeants européens, inquiets des réactions de leurs opinions publiques, restent prudents. Il faut "donner davantage de possibilités légales de commencer à travailler en Europe", a reconnu à la Valette la chancelière allemande Angela Merkel.

S'il faut "tendre la main à l'Afrique", il faut aussi lui "demander un certain nombre de réponses en termes sécuritaires", a insisté le président français François Hollande.

"Parce que nous ne pouvons pas accepter qu'en Libye, au Niger, il y ait des trafiquants qui utilisent la détresse pour favoriser des migrations qui se terminent par des impasses voire même par des drames", a-t-il estimé.

- 'Externalisation' du problème -

L'UE se propose aussi d'aider le continent face à ses migrations internes, bien plus importantes que celles vers l'Europe, en aidant des pays accueillant eux-mêmes de nombreux migrants, comme le Soudan, le Cameroun ou l'Ethiopie. Un accord spécifique de l'UE avec l'Ethiopie a été signé mercredi.

Amnesty international a dit craindre une multiplication d'accords bilatéraux discrets. "L'UE cherche à externaliser son problème migratoire", a déploré Iverna McGowan, une responsable de l'ONG, redoutant que les Européens ne négligent les droits de l'homme dans leurs tractations avec les pays africains.

L'accès à l'aide européenne "ne doit pas être conditionné à l'acceptation des politiques migratoires de l'UE", ont estimé dans une déclaration conjointe une trentaine d'ONG, déplorant de n'avoir pas été autorisées à participer à un sommet de la Valette "euro-centré".

Le sommet doit se prolonger jeudi jusqu'à la mi-journée et sera suivi d'une réunion informelle des seuls Européens. Ils doivent faire le point sur la crise migratoire et les tractations avec la Turquie, sollicitée pour freiner l'afflux de réfugiés syriens vers la Grèce.

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