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11/11/2015 09:25 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

Manifestation monstre à Kaboul contre les violences à l'égard de la minorité chiite

Une manifestation a rassemblé un nombre inhabituellement élevé d'Afghans à Kaboul mercredi pour dénoncer les violences dont sont victimes les Hazaras, une minorité chiite qui s'estime persécutée par les rebelles talibans et laissée pour compte par le pouvoir.

Les forces afghanes ont tiré des coups de sommation lorsque le cortège, fort de plusieurs milliers de personnes dont de nombreux Hazaras, s'est approché du palais présidentiel.

Les manifestants étaient partis dans le calme, portant les cercueils de sept Hazaras décapités la semaine dernière dans le sud-est de l'Afghanistan, des assassinats qui pourraient être qualifiés de crimes de guerre selon les Nations unies.

Ils ont scandé des slogans hostiles aux talibans, mais aussi au président Ashraf Ghani et au chef de l'exécutif Abdullah Abdullah, accusés de ne pas en faire assez pour protéger les Hazaras.

"Ghani démission! Abdullah démission!", ont-ils lancé.

Après des discours incendiaires, certains ont tenté d'escalader un mur d'enceinte selon des images diffusées par la télévision et les réseaux sociaux.

Des coups de sommation ont été tirés en début d'après-midi, et "les manifestants ont été dispersés. Personne n'a été blessé", selon Sayed Gul Agha Rohani, chef-adjoint de la police de Kaboul.

Mais d'après un porte-parole du ministère de la Santé, sept personnes ont été blessées, dont certaines "par balles".

Dans la soirée, un groupe de manifestants était toujours posté face au palais présidentiel.

Régulièrement persécutés par les talibans à l'époque où ils dirigeaient l'Afghanistan (1996-2001), les Hazaras, reconnaissables à leurs traits asiatiques, forment 10% de la population. Ils s'estiment de plus en plus vulnérables face aux rebelles talibans qui ont étendu leur insurrection de leurs bastions du Sud et de l'Est vers le Nord du pays autrefois relativement stable.

- Le président promet la "vengeance" -

Ils en veulent pour preuve l'enlèvement de 31 Hazaras en février dans le Sud, dont 24 ont été libérés, mais surtout la mort par décapitation de sept autres coreligionnaires, quatre hommes, deux femmes et un enfant. Leurs corps ont été retrouvés dans la province de Zaboul (sud-est), où deux factions talibanes rivales se livrent une bataille sanglante depuis samedi.

C'est ce dernier incident qui a poussé les manifestants à défiler dans Kaboul.

"Vengeance!", "Aujourd'hui, ils nous tuent, demain ce sera votre tour", disaient les pancartes, référence explicite aux talibans et aux militants se réclamant de l'organisation de l'Etat islamique, accusés d'avoir décapité les sept Hazaras.

"Nous voulons que justice soit faite", a déclaré à l'AFP Mohammed Hadi, un manifestant hazara de 42 ans.

"Nous voulons savoir pourquoi le gouvernement se montre indifférent. Nous demandons la démission des dirigeants parce qu'ils sont inefficaces et corrompus", s'est exclamé Mohammed Jawad Sultani, un professeur d'université interrogé par l'AFP.

Au cours d'un discours télévisé mercredi soir, le président Ghani a estimé que la souffrance provoquée par les décapitations était "partagée par tout le pays" et il a accusé les groupes insurgés de vouloir semer la discorde en Afghanistan, dont la population est une mosaïque ethnique et religieuse.

"Leur oeuvre destructrice vise à créer des divisions", a-t-il insisté, précisant que le gouvernement ne ménagerait pas ses efforts pour que les meurtres soient "vengés".

Dans la soirée, MM. Ghani et Abdullah ont reçu une délégation de familles de victimes et de protestataires et le président les a assurés de son soutien.

"Il est possible que ces meurtres insensés équivalent à des crimes de guerre. Leurs auteurs doivent être traduits en justice", a réagi Nicholas Haysom, chef de la mission de l'ONU en Afghanistan.

Mais les circonstances de ces décapitations, dans une zone qui échappe au contrôle du gouvernement, sont opaques. Deux factions talibanes s'y affrontent depuis plusieurs jours, l'une loyale au mollah Akhtar Mansour, successeur officiel du défunt mollah Omar, l'autre fidèle au mollah Mohammed Rassoul, désigné chef d'une frange rivale la semaine dernière.

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