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11/11/2015 10:15 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

Le sort des clandestins divise les candidats républicains à la Maison Blanche

Donald Trump veut expulser les sans-papiers, Jeb Bush les régulariser: la question de l'immigration clandestine divise les candidats républicains à la Maison Blanche, illustration du vieux dilemme d'un parti désireux d'apparaître à la fois ferme et ouvert à l'électorat hispanique.

Déjà en 2012, le dossier avait gêné le parti républicain, qui s'était opposé à un plan de Barack Obama pour régulariser par décret des centaines de milliers de jeunes sans-papiers. Son aile conservatrice avait l'année suivante torpillé une ambitieuse réforme au Congrès.

Cette fracture entre les courants modérés et conservateurs du Grand Old Party est réapparue, intacte jusqu'à la caricature, mardi lors du quatrième débat des primaires, à Milwaukee (Wisconsin, nord).

D'un côté, il y a le mur que le milliardaire Donald Trump veut construire à la frontière avec le Mexique, afin de stopper les clandestins. Il constitue la promesse originelle du candidat Trump, qui veut aussi expulser les 11 millions de clandestins, dont seulement certains seraient ensuite réadmis légalement.

"Nous avons besoin de frontières, nous aurons un mur", a assuré Donald Trump.

"Pensez aux familles, pensez aux enfants", lui a répondu le gouverneur John Kasich (Ohio, nord) qui, avec Jeb Bush, ancien chef de l'exécutif de Floride (sud-est), veut porter la parole de l'autre camp. "On ne peut pas tous les rafler et les renvoyer de l'autre côté de la frontière. C'est idiot", a estimé M. Kasich.

Une question de valeurs, selon Jeb Bush, mais aussi de politique électorale. "L'équipe de campagne d'Hillary Clinton se frotte les mains en nous écoutant en ce moment", a-t-il dit. "Pour gagner, nous devons avoir des projets réalistes".

"Les démocrates rigolent parce que si les républicains rejoignent les démocrates au sein du parti de l'amnistie, nous perdrons", a répliqué le sénateur Ted Cruz (Texas, sud), héros de la génération Tea Party.

L'échange résume leur différend stratégique.

L'argument de Ted Cruz est façonné pour les primaires, où c'est la base conservatrice qui vote: il croit que le parti républicain a perdu la présidentielle de 2012 car il a investi un candidat trop modéré (Mitt Romney), et que seul un incorruptible conservateur, hostile aux régularisations, sera capable de gagner en 2016.

- L'effet Trump -

Les dirigeants du parti étaient parvenus à la conclusion inverse après la défaite de 2012: "Nous devons faire campagne parmi les Hispaniques, les Noirs, les Asiatiques et les gays pour leur montrer que nous nous intéressons aussi à eux", avait conclu un rapport autocritique en mars 2013.

Barack Obama avait remporté 80% des voix parmi les communautés noire, hispanique et asiatique. Ces groupes représenteront plus de la moitié de la population en 2050, forçant les républicains à s'adapter pour rester dans le jeu.

Car les électeurs hispaniques, citoyens américains, ont souvent un parent ou un ami clandestin. Si l'éducation ou l'emploi restent des priorités pour ces électeurs, ils attendent des partis sinon des régularisations, du moins un ton moins xénophobe que celui qu'offre Donald Trump.

"L'émergence de Trump comme candidat a fait repartir le parti en arrière", explique Doris Meissner, du Migration Policy Institute. "Il a vraiment introduit un sentiment anti-immigrés" qui, selon elle, s'était fait plus discret ces dernières années.

Le dilemme républicain est accentué par les efforts, illégaux selon eux, de Barack Obama pour agir par décrets afin de contourner l'impasse au Congrès. Pour marquer le contraste, ils ont bloqué devant la justice le dernier plan de régularisations de l'exécutif, qui pourrait atterrir devant la Cour suprême.

Hillary Clinton, favorite de l'investiture démocrate, veut poursuivre sur la lancée de Barack Obama et a qualifié mercredi d'absurde et de cruelle la "force d'expulsion" que Donald Trump entend créer.

La résolution de ces tensions est autant une affaire de loi que de rhétorique, une synthèse difficile que tente maladroitement de réaliser le sénateur quadragénaire Marco Rubio (Floride), fils d'immigrés cubains. Il a retourné sa veste depuis 2013 et adopté un ton très dur, réclamant un durcissement considérable des contrôles.

Mais il propose aussi une longue voie vers la régularisation: au moins 15 ans avant toute naturalisation.

"Nous ne sommes pas anti-immigrés", a-t-il expliqué mercredi sur la radio NPR. "Cela prendra beaucoup de temps pour que les gens qui sont là illégalement deviennent des citoyens".

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