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11/11/2015 03:38 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

La fête est finie à Charm el-Cheikh après le crash

D'ordinaire, Naama Bay, haut lieu de la vie nocturne à Charm el-Cheikh, regorge de touristes mais depuis le crash d'un avion russe, bars, restaurants et discothèques sont déserts, signe de la catastrophe qui se profile pour le tourisme en Egypte.

"Le mois dernier, on se marchait sur les pieds ici tellement il y avait plein de monde", se remémore Essam Shawki, responsable d'un restaurant à Naama Bay.

Mais aujourd'hui, plus de dix jours après le crash d'un avion charter russe parti de la station balnéaire et qui a coûté la mort à ses 224 occupants, l'enfilade de restaurants, lounge-cafés, ice-bars et boutiques branchées est quasi-déserte.

"Les rues sont vides. J'ai servi seulement quatre clients les six dernières heures", se lamente Essam.

Des dizaines de milliers de vacanciers russes et britanniques ont été rapatriés en quelques jours après que leurs pays respectifs ont décidé de suspendre leurs vols depuis et vers l'Égypte à la suite du crash de l'avion russe de la compagnie Metrojet. La branche égyptienne du groupe État islamique a affirmé être responsable de la destruction de l'avion.

La Grande-Bretagne et les États-Unis ont évoqué l'hypothèse d'une bombe à bord et Moscou n'a pas exclu cette hypothèse.

- 'Le mal est fait' -

Même si l'Égypte refuse toujours de tirer des conclusions sur l'origine de la catastrophe avant la fin de l'enquête, "le mal est fait, tout le monde ici est convaincu qu'il s'agissait d'une bombe", a expliqué à l'AFP Jacques Peter, le directeur d'un des grands hôtels de la station balnéaire de Charm el-Cheikh, le Savoy, sur Soho Square.

Le crash va porter un coup très dur au tourisme égyptien, déjà affecté par des années d'instabilité depuis la révolte populaire qui a fait tomber l'ex-président Hosni Moubarak en 2011, suivie par des années de violences et d'instabilité.

En 2014, 10 millions de visiteurs étrangers étaient venus en Egypte contre 15 millions en 2010. La plupart d'entre eux avaient pris la direction de Charm el-Cheikh.

A Naama Bey et Soho Square, comme tous les soirs, les restaurateurs mettent pourtant en marche leur sonos bruyantes, comme pour conjurer le mal, mais ils attendent des heures avant de voir un touriste franchir le seuil de leurs établissements.

"Ce soir, il y a encore des touristes, mais revenez demain, ils n'y aura quasiment personne", redoute Hossam Fares, propriétaire d'une boutique de souvenirs.

Les vacanciers n'ont pas totalement déserté son magasin mais la baisse des ventes se fait déjà sentir. Au mois d'octobre, son affaire tournait bien, dit-il, avec 70.000 livres égyptiennes de ventes (8.300 euros). "Depuis le crash, je tourne à peine à 300 livres (35 euros) par jour, je ne pourrai même pas payer le loyer de la boutique", lâche-t-il.

Les rares touristes n'achètent plus selon lui car ils ne pourront pas transporter leurs babioles, les avions dépêchés à vide par Moscou et Londres pour rapatrier leurs touristes n'autorisant que les bagages en cabine.

Les vendeurs de l'incontournable Vieux marché ne sont pas mieux lotis: depuis plus d'une semaine, les acheteurs se font rares.

- Entre peur et empathie -

A Charm el-Cheikh, les Russes et Britanniques qui sont encore là sont partagés entre la peur d'une attaque et l'empathie avec les milliers d'Égyptiens qui risquent de perdre leur travail si l'hémorragie continue.

"Y penser me donne la chair de poule, surtout parce que nous sommes aussi responsables de cette situation", affirme Dianne Lord, une Britannique coincée dans la cité balnéaire comme des milliers d'autres touristes qui attendent d'être rapatriés.

A l'aube de la haute saison qui coïncide avec les vacances de Noël, les professionnels du tourisme s'attendent déjà au pire. "Nous aurons un Noël calme cette année", prédit Jacques Peter.

Les revenus à Soho Square ont déjà baissé de 50% depuis le crash il y 12 jours, explique le directeur du Savoy, qui se veut malgré tout optimiste. L'activité reprendra selon lui, mais "cela prendra du temps".

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