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10/11/2015 20:45 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

En Allemagne, les arnaques financières, effet indésirable des taux bas, se multiplient

Fonds aux rendements mirobolants, investissements miracle dans l'or: les taux bas poussent des investisseurs à tenter leur chance hors des placements traditionnels et en font les victimes idéales pour des arnaques financières qui prolifèrent en Allemagne, pays d'épargnants.

Uwe Heyn, retraité de 79 ans, a investi fin 2011 quelque 20.000 euros dans un fonds promettant de généreuses plus-values, qui s'est révélé être une attrape. Son argent s'est envolé, au mieux il en récupèrera la moitié au terme d'un procès en cours.

"Avec l'âge, on veut pouvoir placer son argent dans des investissements sûrs (...) mais les taux très bas n'offrent quasiment aucune alternative", explique-t-il à l'AFP pour justifier sa crédulité.

L'Allemagne, pays à la population vieillissante et aux bas de laine fournis, est particulièrement touchée par la recherche de placements juteux. Le taux d'épargne des ménages y est l'un des plus élevés d'Europe, à 16,85% en 2014, contre 10,5% en moyenne dans l'Union européenne.

Près de 7.500 escroqueries financières ont été recensées dans le pays l'année dernière, une hausse de 18% sur un an, qui succédait à une augmentation de 29% déjà en 2013, selon les chiffres officiels.

Les arnaques "deviennent de plus en plus grosses, qu'il s'agisse du nombre de victimes ou des montants concernés", souligne Klaus Nieding, vice-président de la fédération de protection des actionnaires DSW.

- 'Marché gris' -

"On parle désormais de montants à trois chiffres en millions, c'est nettement plus qu'il y a 10 ans. Et on parle, en ce qui concerne les victimes, de nombres à quatre voire mêmes cinq chiffres. J'associe très clairement ce phénomène à l'évolution actuelle des marchés financiers, et plus particulièrement aux très faibles taux d'intérêt", ajoute-t-il.

Même constat du côté de la fédération allemande des banques privée (BdB), pour qui "les investisseurs en quête de rendements se laissent de plus en plus souvent séduire par des offres douteuses", dans un contexte de "faiblesse persistante des taux d'intérêts".

Pour soutenir une économie européenne chancelante, la Banque centrale européenne (BCE) a amené progressivement son taux principal tout près de zéro, à 0,05%.

Des taux plus faibles doivent permettre de réduire le coût de l'endettement pour ménages et entreprises, les incitant à consommer ou investir. Revers de la médaille, ils se traduisent aussi par une chute de l'attractivité des placements traditionnels, assurance-vie et livrets d'épargne en tête, que proposent banques et assureurs.

Certains clients sont alors tentés par le "marché gris", un pan non officiel de la finance qui, sans être illégal, échappe au contrôle des autorités de marchés et offre un terrain fécond à de possibles arnaques.

- 'Systèmes de Ponzi' -

De retentissantes affaires font depuis plusieurs mois la une des journaux allemands. A Francfort (ouest) se tient le procès des dirigeants du groupe S&K, spécialisé dans les placements immobiliers et soupçonné d'avoir fait perdre plus de 240 millions d'euros à quelques 11.000 clients via des opérations hasardeuses.

La société berlinoise BWF, surnommée "la mafia de l'or", est quant à elle accusée d'avoir escroqué 6.000 clients en leur proposant d'acheter de l'or, avec la promesse d'un doublement de la mise quelques années plus tard, à la condition que cet or soit stocké dans ses coffres.

Plus de 50 millions d'euros lui auraient été confiés, selon la presse, mais une infime partie seulement du stock de métal détenu était véritablement de l'or.

Dans les deux cas, les enquêteurs soupçonnent des "systèmes de Ponzi", sortes de boules de neige où l'argent des derniers venus permet de rémunérer les premiers. Jusqu'à ce que le système s'effondre, faute de nouveaux entrants en nombre suffisant.

Seuls 6% des fonds dans l'immobilier, l'environnement ou encore le secteur maritime réussissent à remplir leurs promesses de rendement et 25% parviennent à faire des bénéfices, selon une étude récemment menée auprès de 1.139 établissements par l'organisation de défense des consommateurs Stiftung Warentest.

Face à ce phénomène, mais trop tard pour M. Heyn et beaucoup d'autres, le gouvernement allemand a dévoilé il y a peu une nouvelle loi censée mieux protéger les petits investisseurs.

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