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11/11/2015 06:19 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

Crise migratoire: l'UE se tourne vers l'Afrique, la Slovénie pose des barbelés

Les Européens vont faire pression sur l'Afrique pour qu'elle limite le flux de migrants vers l'UE lors d'un sommet commun qui s'ouvre mercredi à Malte, mais ils continuent d'y répondre en ordre dispersé, comme l'illustrent les barbelés que la Slovénie a commencé à poser.

La Commission européenne espère que les Européens mobiliseront 3,6 milliards d'euros en faveur d'un Fonds fiduciaire pour l'Afrique, dont elle apportera la moitié. Le but est de financer de nouveaux projets de développement pour freiner les départs des jeunes Africains.

En Europe, après les clôtures récemment érigées par la Hongrie, le gouvernement slovène, débordé, a commencé mercredi à installer des barbelés à sa frontière avec la Croatie pour mieux contrôler l'arrivée des migrants. Mais les frontières "resteront ouvertes", a assuré son Premier ministre, Miro Cerar.

"Nous n'aimons par les clôtures, cela nous rappelle le passé, les guerres", s'est néanmoins ému le maire d'une commune frontalière croate.

La crise migratoire, qui met à mal la cohésion de l'UE, ne connaît aucun répit à l'approche de l'hiver. Au moins 18 migrants, dont sept enfants, sont encore morts noyés mercredi au large des côtes turques en tentant de rejoindre la Grèce.

"Cette année, selon les statistiques les plus récentes, quelque 1,2 million de personnes sont entrées illégalement dans l'UE, principalement par la mer", a rappelé le président du Conseil européen, Donald Tusk.

L'Allemagne, l'un des pays où la pression est la plus forte, pourrait dépenser jusqu'à 14,3 milliards d'euros en 2016 pour l'accueil des réfugiés, a prédit un panel d'économistes conseillant le gouvernement allemand.

- 'Causes profondes' -

A La Valette, les Etats membres de l'UE et une trentaine de pays africains veulent s'attaquer ensemble aux "causes profondes" qui poussent encore tant d'Africains à partir.

Le sommet doit s'ouvrir en fin d'après-midi et se prolonger jeudi. Il sera suivi d'une réunion informelle des seuls dirigeants européens, qui feront le point sur la crise migratoire et sur les tractations avec la Turquie, sollicitée pour freiner l'afflux de réfugiés syriens vers la Grèce.

La rencontre avait été programmée de longue date, au lendemain d'un naufrage dramatique au large de la Libye, la "route" empruntée par des dizaines de milliers de migrants africains.

Depuis, l'attention s'est déplacée vers les Balkans et les demandeurs d'asile syriens toujours plus nombreux, mais les flux venant d'Afrique ont continué à augmenter. Et les Européens sont décidés à dissuader ceux qu'ils ne considèrent pas comme des réfugiés, sauf exceptions comme les Érythréens.

L'une des discussions les plus épineuses à la Valette concerne les "retours et réadmissions" en Afrique des migrants irréguliers, que l'UE veut accélérer.

Le sommet devrait déboucher sur un "plan d'action", avec des projets concrets d'ici fin 2016: des aides financières et logistiques seront proposées, avec des plans de réinsertion ciblés.

Mais les pays africains sont vexés du "deux poids, deux mesures" entre le traitement de leurs ressortissants et celui des demandeurs d'asile syriens. Ils demandent à l'UE de garantir des "canaux de migration légale" (tourisme, études, travail), alors que les dirigeants européens, inquiets des réactions de leurs opinions publiques, sont très frileux en la matière.

- 'Externalisation' du problème -

L'UE se propose aussi d'aider le continent face à ses migrations internes, en aidant des pays accueillant eux-mêmes de nombreux migrants, comme le Soudan, le Cameroun ou l'Ethiopie.

"Les migrations africaines concernent surtout l'Afrique: l'émigration économique vers l'Europe est assez faible", a souligné un responsable africain, estimant qu'il fallait des solutions pour "fixer les Africains qui ne sont pas menacés par la guerre" en allouant des fonds à l'emploi.

Un accord spécifique de l'UE avec l'Ethiopie doit ainsi être annoncé à La Valette.

Le Soudan, important pays de transit de migrants vers l'Europe, a aussi demandé de l'aide pour faire face aux trafics des passeurs.

Amnesty international craint justement une multiplication d'accords bilatéraux discrets. "L'UE cherche à externaliser son problème migratoire", a déploré Iverna McGowan, une responsable de l'ONG, redoutant que les Européens ne négligent les droits de l'Homme dans leurs tractations avec les pays africains.

L'accès à l'aide européenne "ne doit pas être conditionné à l'acceptation des politiques migratoires de l'UE", ont estimé dans une déclaration conjointe une trentaine d'ONG, déplorant de n'avoir pas été autorisées à participer à un sommet de la Valette "euro-centré".

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