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11/11/2015 02:17 EST | Actualisé 11/11/2016 00:12 EST

A Pékin, les offensives de charme de Google, Facebook et Twitter... toujours bloqués en Chine

Suffit-il de discourir en mandarin pour amadouer les censeurs chinois ? Facebook, Google et Twitter sont bannis de l'internet en Chine, mais leurs dirigeants visitent Pékin et multiplient les contacts officiels, cherchant à profiter d'un marché incontournable bien que toujours farouchement verrouillé.

Un an précisément après une allocution en chinois qui avait fait sensation, le patron de Facebook Mark Zuckerberg, à la tête du plus gros réseau social du monde, a récidivé fin octobre à l'université Tsinghua à Pékin.

"Certains disaient: ça ne marchera qu'aux États-Unis... Mais nous continuons de nous étendre dans le monde!", s'est enthousiasmé le trentenaire, avec une prononciation parfois approximative. Avant de ravir l'auditoire avec un proverbe exhortant à la persévérance: "En travaillant suffisamment dur, vous meulerez un pilon de fer jusqu'à en faire une aiguille".

De fait: Facebook, qui revendique un milliard d'utilisateurs actifs quotidiens, a conquis le monde... mais pas la Chine continentale et ses 670 millions d'internautes.

Le réseau social y est bloqué depuis 2009 par les autorités communistes, qui exercent un contrôle étroit sur tout partage de contenus en ligne. Twitter, comme les plateformes YouTube (Google) et Instagram (Facebook), y sont également inaccessibles.

Pourtant Mark Zuckerberg ne ménage pas ses peines: il était parmi les nombreux chefs d'entreprises de la Silicon Valley réunis en septembre aux Etats-Unis pour rencontrer le président chinois Xi Jinping, à qui il a réussi l'exploit d'arracher un franc sourire.

Et un recueil des discours de Xi trônait sur son bureau lorsque Lu Wei, administrateur en chef de l'internet chinois, avait visité l'an dernier le siège de Facebook.

- Google, avancées et compromis -

Eric Schmidt, ex-PDG de Google et président de sa maison-mère Alphabet, ne s'en cache pas: "Nous voulons servir la Chine. Nous gardons contact avec le gouvernement, c'est aussi pour cela que je suis ici", a-t-il lancé lors d'une conférence technologique début novembre à Pékin.

Google avait interrompu la plupart de ses opérations en Chine continentale en 2010, après une polémique sur la censure et une attaque contre sa messagerie Gmail. Mais il y garde quelque 500 employés et continue de vendre des espaces publicitaires à des entreprises chinoises.

Le géant californien marque des points: selon plusieurs médias, des discussions sont engagées pour lancer dans le pays une boutique d'applications Android... avec une offre s'accommodant des interdits locaux.

Google s'est déjà montré ouvert aux concessions: son service de cartographie disponible sur le web chinois reprend les revendications territoriales de Pékin sur la mer de Chine du sud ainsi que sur l'Etat indien de l'Arunachal Pradesh, tout en qualifiant Taïwan de "province" chinoise.

Le réseau social professionnel LinkedIn, pour sa part, prospère en Chine, mais son succès s'est accompagné de controverses sur sa propension à bloquer les contenus d'usagers.

- Vitrine internationale -

Facebook et Twitter aussi, dont la rentabilité repose sur les recettes publicitaires, s'attachent à muscler leurs activités commerciales en Chine, s'efforçant de convaincre entreprises et administrations publiques d'ouvrir des comptes.

"Aux firmes chinoises qui veulent s'internationaliser, nous disons: nous avons une formidable plateforme pour vous permettre de sortir" de Chine, souligne Alan Lan, chef commercial de Twitter pour la région Chine, mais sans livrer de détails sur le nombre de clients concernés.

Plusieurs villes ont ouvert des pages Facebook dans l'espoir de séduire des touristes étrangers. Et de l'agence Chine nouvelle à la télévision CCTV, les médias étatiques relaient la parole officielle de Pékin en anglais sur Twitter.

Les conditions pour opérer un service internet en Chine sont draconiennes - relocalisation des serveurs, accès aux données des usagers -, et les grandes entreprises américaines, soucieuses de leur image, "ne sont pas prêtes à ces concessions", estime Jeremy Goldkorn, fondateur du cabinet Danwei, spécialisé sur le web chinois.

Elles se concentrent donc sur les contrats publicitaires, qui "devraient générer des revenus de plus en plus importants", indique-t-il à l'AFP.

Ce qui n'empêche pas des ONG de défense des droits de l'Homme de s'alarmer: "Nous sommes extrêmement inquiets que des entreprises puissent abaisser leurs standards et accepter des pratiques entravant la liberté d'expression, le droit à la vie privée", souligne William Nee, chercheur d'Amnesty International.

En faisant pression sur ces groupes, la Chine veut promouvoir son idée que chaque pays a un droit "souverain" de contrôler l'internet comme il l'entend et cherche "à influencer le discours mondial sur l'internet", avertit M. Nee.

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