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10/11/2015 00:54 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

Trafic d'êtres humains: ouverture d'un vaste procès à Bangkok

Des dizaines de personnes soupçonnées de trafic d'êtres humains, arrêtées lors de la récente campagne de répression contre les trafiquants menée par les autorités thaïlandaises, ont comparu mardi devant la justice.

Le procès des accusés, parmi lesquels un haut gradé de l'armée thaïlandaise, s'est ouvert à Bangkok quelques jours après la démission de l'officier de police chargé de l'enquête, qui a expliqué qu'il craignait pour sa vie.

La Thaïlande, point de passage majeur pour les trafiquants d'êtres humains, a longtemps été accusée de fermer les yeux sur ce trafic extrêmement lucratif, voire de complicité.

Mais au mois de mai, la junte militaire au pouvoir a lancé une vaste campagne de répression contre les passeurs, ce qui avait mis au jour des camps de la mort à la frontière entre la Thaïlande et la Malaisie mais aussi désorganisé les réseaux. Des milliers de migrants avaient été abandonnés en mer et sur terre par leurs passeurs, contraignant au final les autorités à une réponse régionale.

Quatre-vingt huit accusés ont comparu mardi, dont certains s'exprimait en thaï, d'autres en dialectes malais ou en rohinghya, langue parlée par une minorité musulmane vivant essentiellement en Birmanie. Ils sont accusés de s'être livrés au trafic d'êtres humains entre janvier 2011 et mai 2015.

"Les 88 accusés ont laissé les victimes mourir de faim, les ont privées de soins médicaux et à leur mort, ont caché les corps dans des camps dans la montagne", a dit un juge.

Parmi les personnes poursuivies figure le général Manas Kongpan, soupçonné d'être la cheville ouvrière du trafic, qui plaide non coupable, selon son avocat.

Au moins quatre autres officiers de l'armée ont été mis en cause dans cette affaire, de même que des hommes politiques et des hommes d'affaires.

Les migrants tentaient de passer en Thaïlande pour ensuite rejoindre clandestinement par la route la Malaisie. Il s'agit de Bangladais qui veulent échapper à la pauvreté ainsi que de membres de l'ethnie Rohingya, communauté musulmane persécutée et marginalisée.

Beaucoup ont été retenus contre leur gré dans des camps dans la jungle par des passeurs qui exigeaient de leurs proches le versement de rançon exorbitantes.

Des survivants ont raconté que les passages à tabac, les meurtres et les viols étaient fréquents. Des dizaines de fosses communes ont été retrouvées dans la jungle.

Avec la fin prochaine de la mousson, les associations de défense des droits de l'Homme craignent que les migrants ne reprennent le chemin de l'exil.

En 2014, le département d'Etat américain avait relégué la Thaïlande en queue de classement dans son rapport mondial annuel sur le trafic d'être humains, place à laquelle elle se trouve encore aujourd'hui.

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