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10/11/2015 09:29 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

Portugal: la gauche fait tomber le gouvernement pro-austérité de droite

La gauche portugaise, unie pour la première fois en 40 ans de démocratie, a mis mardi sa menace à exécution et a provoqué la chute du gouvernement minoritaire de droite "pour tourner la page de l'austérité", sous l'oeil inquiet des marchés financiers.

Une motion rejetant le programme du gouvernement de droite a été adoptée par les 123 voix des députés de l'opposition, contre 107 à la droite, entraînant ainsi sa démission à peine onze jours après son entrée en fonctions.

Le gouvernement de Pedro Passos Coelho, 51 ans, dont la coalition de droite était pourtant arrivée en tête des élections législatives du 4 octobre, entre ainsi dans l'histoire comme l'exécutif le plus éphémère du Portugal.

"Il est possible de tourner la page de l'austérité dans le cadre de la zone euro", a assuré à l'issue du vote le secrétaire général du Parti socialiste Antonio Costa, 54 ans, qui brigue la place de Premier ministre.

"Le Parti socialiste a fait un choix radical, préférant se joindre à des minorités qui l'ont toujours combattu", a déclaré M. Passos Coelho avant d'ajouter que "ce n'est pas tous les jours que l'on quitte le gouvernement en ayant obtenu le soutien des électeurs".

Avant le vote, M. Costa avait signé trois accords distincts avec le Bloc de gauche, proche de Syriza au pouvoir en Grèce, le Parti communiste et les Verts, qui jettent les bases de l'alliance soutenant un gouvernement du PS, mais font l'impasse sur les engagements européens.

Longtemps considéré comme l'élève modèle de la zone euro prompt à appliquer la rigueur budgétaire réclamée par Bruxelles, le Portugal est entré à nouveau dans une zone de turbulences, un an et demi après sa sortie d'un plan de sauvetage financier.

- Pays divisé -

Reflet d'un pays divisé, environ 5.000 partisans de la gauche et près de 2.000 de la droite ont manifesté mardi dans une ambiance électrique devant le Parlement à Lisbonne, les uns pour saluer le départ du gouvernement, les autres pour s'y opposer.

Au sein de l'hémicycle aussi, le climat était tendu. "Si la confiance des investisseurs se brise, la menace d'une banqueroute redevient réelle", a lancé la ministre des Finances Maria Luis Albuquerque, agitant le spectre d'un retour de la troïka des créanciers (UE-BCE-UE) en cas d'arrivée au pouvoir de la gauche.

"Le Portugal a besoin d'une autre politique", lui a rétorqué Mario Centeno, auteur du programme économique du PS, tout en réitérant qu'un éventuel gouvernement socialiste "honorera tous les engagements européens" du pays.

Victorieuse aux élections législatives avec 38,6% des voix, la coalition de droite a toutefois perdu sa majorité absolue au sein d'un Parlement dominé par la gauche emmenée par le Parti socialiste, arrivé deuxième avec 32,3% des voix.

Pour sceller leur alliance, les partis rivaux de la gauche ont dû chercher, au moins temporairement, à gommer leurs divergences historiques, notamment sur la renégociation de la dette et l'appartenance du pays à la zone euro.

- Inquiétudes en Europe -

"Un gouvernement du PS ne cherchera pas la confrontation avec l'Union européenne. Il tentera de convaincre Bruxelles de ne pas adopter une position trop dure en cas de dérapage budgétaire", a commenté à l'AFP le politologue Antonio Costa Pinto.

Le programme de la gauche visant à redonner du pouvoir d'achat aux Portugais suscite certes des inquiétudes en Europe, mais pour Bruxelles, la situation au Portugal n'est pas comparable à celle de la Grèce après l'arrivée au pouvoir de Syriza, car Antonio Costa s'est engagé à "respecter les règles budgétaires européennes".

La stabilité d'un gouvernement du PS soutenu par l'extrême gauche, s'il finit par être investi par le président conservateur Anibal Cavaco Silva, n'est toutefois pas assurée: "ce sera un exécutif faible, et des élections anticipées se profilent en 2016", estime David Schnautz, analyste de Commerzbank.

A l'extérieur du Parlement, la police a maintenu à bonne distance les partisans d'une alliance de la gauche et les manifestants de la droite.

"On a rêvé d'une union de la gauche depuis la Révolution du 25 avril 1974, maintenant, c'est chose faite", a confié Fatima Carvalho, 66 ans, ouvrière du textile à la retraite.

Un avis loin d'être partagé par Isabel Norton de Matos, une interprète lisboète de 59 ans, qui redoute qu'"avec Antonio Costa, le Portugal ne devienne une nouvelle Grèce".

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