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10/11/2015 02:51 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

Le philosophe français André Glucksmann s'éteint après une vie "d'idées et de combats"

Le philosophe français André Glucksmann, intellectuel engagé dans la dénonciation des totalitarismes, est mort lundi soir à l'âge de 78 ans après un parcours l'ayant mené du maoïsme à l'atlantisme.

Le penseur était malade depuis plusieurs années, a confié l'un de ses éditeurs. "Il avait plusieurs cancers. Il s'est vraiment battu", a-t-il précisé.

André Glucksmann "vivait dans un monde d'idées et de combats", a déclaré son fils, le réalisateur Raphaël Glucksmann, sur la radio France Inter, en expliquant que la jeunesse de son père, enfant juif dans une France occupée par les nazis, avait façonné sa vision du monde.

"Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l'en sortir. Donc, il m'a dit que tout le reste, c'était du rab et que 70 ans de rab, c'était une chance incroyable et qu'il fallait la saisir pour en faire profiter d'autres", a rapporté Raphaël Glucksmann.

André Glucksmann, qui s'est élevé contre le goulag ou pour les boat people, "portait en lui tous les drames du 20e siècle" a réagi le président François Hollande, rendant hommage à un intellectuel qui "ne se résignait pas à la fatalité des guerres et des massacres".

Né le 19 juin 1937, André Glucksmann, jeune diplômé en philosophie, est assistant de l'intellectuel libéral Raymond Aron à l'université de la Sorbonne quand surviennent les révoltes étudiantes de mai 1968, auxquelles il participe aux côtés des maoïstes.

En 1975, marqué par la sortie de "L'archipel du goulag" d'Alexandre Soljenisyne, il rompt spectaculairement avec le marxisme en publiant "La cuisinière et le mangeur d'hommes" (Seuil). Vendu à des dizaines de milliers d'exemplaires, il provoque un choc car, à l'époque, les attaques frontales contre l'idéologie communiste sont plutôt rares.

Avec Bernard-Henri Lévy, il est ensuite associé au mouvement des "nouveaux philosophes", un courant très médiatisé d'intellectuels en rupture avec le marxisme. Il était "le seul de mes contemporains avec lequel j'avais le sentiment de partager le même souci du monde et de l'autre", a déclaré mardi BHL.

Il n'hésite pas à s'exprimer sur les plateaux de télévision. En 1974, les téléspectateurs découvre ainsi un jeune aux cheveux tombant sur les épaules, col ouvert et une cigarette à la main, invectivant l'ancien correspondant du journal communiste L'Humanité à Moscou lors d'une émission littéraire phare, Apostrophes.

-'Lucidité intellectuelle'-

De l'anticommunisme, son combat se déplacera naturellement vers l'antitotalitarisme et la défense des droits de l'Homme. En 1977, il réussit -ce qui n'allait pas de soi- à réunir la grande figure des intellectuels de gauche Jean-Paul Sartre et le libéral Raymond Aron. Il les emmène à l'Elysée pour convaincre le président d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, d'intervenir pour aider les réfugiés vietnamiens.

Dans un de ses derniers livres, "Une Rage d'enfant" (Plon, 2006), il expliquait que la colère et la misère du monde avaient été le moteur de son action, en faveur des plus faibles.

Sur ce point, il n'a jamais varié. En 2013, il a signé une tribune rappelant que le traitement des Roms en France n'était pas "républicain". Quelques milliers de membres de cette communauté vivent dans des conditions insalubres en France, baladés de squatts en squatts sans solution durable.

Toujours passionné, il évolue vers l'atlantisme, soutient l'intervention occidentale contre la Serbie en 1999 pour défendre la minorité kosovare. Il défend également l'intervention américaine en Irak contre le régime de Saddam Hussein en 2003, puis l'opération en Libye visant à se débarrasser de Mouammar Kadhafi.

Il soutient aussi la Tchétchénie contre Moscou. Après la chute du communisme et la fin de l'URSS, il continue de dénoncer l'autoritarisme du président russe Vladimir Poutine.

Se revendiquant toujours de gauche, il soutient pourtant Nicolas Sarkozy, candidat de la droite, à la présidentielle de 2007. Il s'en éloigne ensuite, opposé à son rapprochement avec le maître du Kremlin. Saluant la "lucidité intellectuelle" du philosophe, l'ex-président, devenu chef de l'opposition, s'est dit certain que sa "pensée jamais prisonnière du diktat idéologique" lui survivra.

leb-aje-chp/pt