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10/11/2015 06:02 EST | Actualisé 10/11/2016 05:12 EST

Le philosophe français André Glucksmann s'éteint

ASSOCIATED PRESS
** FILE ** French philosopher Andre Glucksmann makes a point in Paris, in this Tuesday Sept. 20, 2005 file photo. One by one, several French writers and intellectuals have made startling confessions. After decades as committed leftists, they have defected to the right, and many say they simply don't have faith in Socialist presidential candidate Segolene Royal. Glucksmann backed conservative candidate Nicolas Sarkozy in a commentary in Le Monde, complaining that the French left was

Le philosophe français André Glucksmann, intellectuel engagé dans la dénonciation des totalitarismes, est mort lundi soir à l'âge de 78 ans après un parcours l'ayant mené du maoïsme à l'atlantisme.

Le penseur était malade depuis plusieurs années, a confié l'un de ses éditeurs. "Il avait plusieurs cancers. Il s'est vraiment battu", a-t-il précisé.

André Glucksmann "vivait dans un monde d'idées et de combats", a déclaré son fils, le réalisateur Raphaël Glucksmann, sur la radio France Inter, en expliquant que la jeunesse de son père, enfant juif dans une France occupée par les nazis, avait façonné ses combats.

"Il a même été mis dans les trains et sa mère a réussi à l'en sortir. Donc, il m'a dit que tout le reste, c'était du rab et que 70 ans de rab, c'était une chance incroyable et qu'il fallait la saisir pour en faire profiter d'autres", a rapporté Raphaël Glucksmann.

André Glucksmann "portait en lui tous les drames du 20e siècle" a réagi le président François Hollande, rendant hommage à un intellectuel qui "ne se résignait pas à la fatalité des guerres et des massacres". Selon le chef de l'Etat, le penseur "était toujours en éveil et à l'écoute des souffrances des peuples."

Né le 19 juin 1937, André Glucksmann, jeune diplômé en philosophie, est assistant de l'intellectuel libéral Raymond Aron à l'université de la Sorbonne quand surviennent les révoltes étudiantes de mai 1968, auxquelles il participe aux côtés des maoïstes.

En 1975, il rompt toutefois spectaculairement avec le marxisme en publiant "La cuisinière et le mangeur d'hommes" (Seuil), dans lequel il écrit que "le marxisme ne produit pas seulement des paradoxes scientifiques mais aussi des camps de concentration". Son livre fait l'effet d'une bombe parmi une intelligentsia française encore très influencée par la gauche radicale.

Il est ensuite associé, avec Bernard-Henri Lévy, au mouvement dit des "nouveaux philosophes", un courant très médiatisé d'intellectuels en rupture avec le marxisme.

"André Glucksmann a été surtout celui qui a porté le coup de butoir définitif à l'idéologie communiste en France", se souvient un autre représentant de ce courant, Pascal Bruckner. "Il a eu à l'époque énormément d'ennemis, d'opposants, mais il a tenu bon".

-'Rigueur intérieure'-

De l'anticommunisme, son combat se déplacera naturellement vers l'antitotalitarisme et la défense des droits de l'Homme. En 1977, il réussit -ce qui n'allait pas de soi- à réunir la grande figure des intellectuels de gauche Jean-Paul Sartre et le libéral Raymond Aron. Il les emmène à l'Elysée pour convaincre le président d'alors, Valéry Giscard d'Estaing, d'intervenir pour aider les réfugiés vietnamiens.

L'ancien ministre de la Culture socialiste, Jack Lang, qui a eu des désaccords politiques avec le philosophe, a salué "la rigueur intérieure, la nécessité qu'avait André Glucksmann d'exprimer une solidarité", notamment envers les plus faibles.

Sur ce point, il n'a jamais varié. En 2013, il a signé une tribune rappelant que le traitement des Roms en France n'était pas "républicain". Quelques milliers de membres de cette communauté vivent dans des conditions insalubres en France, baladés de squatts en squatts sans solution durable.

Toujours passionné, il évolue vers l'atlantisme, soutient l'intervention occidentale contre la Serbie en 1999 pour défendre la minorité kosovare. Il défend également l'intervention américaine en Irak contre le régime de Saddam Hussein en 2003, puis l'opération en Libye visant à se débarrasser de Mouammar Kadhafi.

Il soutient aussi la Tchétchénie contre Moscou. Après la chute du communisme et la fin de l'URSS, il continue de dénoncer l'autoritarisme du président russe Vladimir Poutine.

Se revendiquant toujours de gauche, il n'hésite cependant pas à soutenir le candidat de la droite Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007. Il s'en éloigne ensuite, ne supportant pas son rapprochement avec le maître du Kremlin.

Dans un de ses derniers livres, "Une Rage d'enfant" (Plon, 2006), il expliquait que la colère et la misère du monde avaient été le moteur de son action.

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