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09/11/2015 20:45 EST | Actualisé 09/11/2016 00:12 EST

Le pape à Prato, capitale du textile italien et... chinois

Le pape François, qui doit prononcer mardi matin un important discours axé sur le monde du travail, a choisi de le faire à Prato, petite cité toscane, "capitale" depuis toujours du textile italien, mais aussi... chinois.

Jorge Bergoglio a prévu une halte d'une heure à Prato, où il parlera depuis la place du Duomo.

Située à une vingtaine de kilomètres de Florence, où le pape se rend ensuite en visite pastorale, Prato compte officiellement plus de 16.000 Chinois sur un total de 191.000 habitants. Mais officieusement, ils seraient entre 30 et 50.000, soit près d'un quart de la population, dont de nombreux clandestins vivant dans des conditions souvent inhumaines.

En décembre 2013, sept ouvriers chinois avaient trouvé la mort lors de l'incendie de leur atelier clandestin, dont une partie avait été transformée en dortoir, provoquant une grande émotion en Italie.

Aux alentours des rues Pistoiese, Filzi et Marini, les enseignes des commerces sont écrites en mandarin et en italien et on croise encore des travailleurs ne sachant par parler la langue de Dante, même si désormais la troisième génération, née et éduquée dans la péninsule, a acquis la nationalité italienne.

En une vingtaine d'années, la communauté chinoise, l'une des plus importantes d'Europe, a pris le contrôle de tous les stades de la production d'habillement, avec des prix ultra-compétitifs et sous l'étiquette "Made in Italy", un plus pour les ventes à l'étranger.

- 'Pronto moda' -

Afin d'aider les entreprises qui le souhaitent à sortir de l'illégalité, la Confédération nationale de l'artisanat (CNA) de Prato a mis en place un service de "porte-à-porte" à destination de ces entrepreneurs du secteur de la "pronto moda", le ready-to-wear dans lequel ils occupent la première place sur le marché européen.

"Chaque semaine, on essaie de visiter 20 entreprises chinoises, on leur explique quelles sont les règles à respecter dans les domaines de la sécurité, de l'environnement et de la comptabilité. On leur donne l'information, puis on les aide à comprendre et à respecter la législation", explique à l'AFP le président de CNA World China, Wang Li Ping, en montrant un fascicule informatif totalement bilingue.

Du côté de la municipalité, on est bien conscient des problèmes.

"Nous sommes en train de réaliser un gros travail de contrôle et de répression pour qu'au moins soient respectés les droits du travail", explique à l'AFP Matteo Biffoni, le jeune maire (centre gauche) élu en 2014, ajoutant qu'une "importante partie des bénéfices réalisés au noir étaient toujours expédiés en Chine".

Mais les choses changent, grâce notamment "à l'effort" entrepris sur les nouvelles générations, en particulier au niveau éducatif et culturel. "C'est le seul chemin" possible vers une meilleure intégration selon M. Biffoni, à tel point que Prato est "cité en modèle au niveau national".

Pour Luca Giusti, le président de la chambre de commerce locale, la présence des entreprises chinoises clandestines à Prato provoque "une concurrence déloyale en raison du non-respect des règles", un "coût social élevé", et "une dégradation des conditions de travail et de vie de la société en règle générale". Et de citer l'exemple des ceux qui "la nuit, se débarrassent de leurs déchets dans la rue ou dans les containers de leurs voisins".

Mais, ajoute-t-il auprès de l'AFP, tout n'est pas sombre. Ainsi, "on estime à 9-10% l'impact de cette communauté sur le produit intérieur brut (PIB) de la ville". Mais "l'objectif d'une meilleure intégration est là, nous en percevons les premiers résultats", souligne-t-il, se disant "confiant pour le futur".

Il n'y qu'à voir, donne-t-il en exemple, le nombre croissant d'Italiens embauchés dans les quelque 3.800 entreprises chinoises, dans un souci "de saut vers la qualité", grâce à leur connaissance "du goût et du style" des clients du Made in Italy. Sans parler de l'impact des mariages mixtes.

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