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10/11/2015 02:57 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

IAAF/Dopage: la Russie se défend, le scandale menace de s'étendre

La Russie a rejeté mardi les accusations de dopage et de corruption qui l'accablent et a promis des réponses rapides pour éviter d'être bannie des JO-2016 à cause de cet énorme scandale qui menace de s'étendre à d'autres pays et d'autres sports.

"Les accusations sont infondées", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, lors d'une conférence de presse, en estimant qu'elles n'étaient pas "étayées par des preuves".

De son côté, la Fédération russe d'athlétisme "va bientôt soumettre à l'IAAF (la Fédération internationale, ndlr) un document (sur son) programme antidopage et les étapes concrètes de sa mise en oeuvre", a-t-elle assuré dans un communiqué, en jugeant qu'"un partenariat honnête (avec l'IAAF) serait beaucoup plus efficace que toute suspension ou isolement".

Pour la Russie de Vladimir Poutine, qui a organisé les JO d'hiver à Sotchi en 2014 et accueillera le Mondial de football en 2018, le temps presse: elle a jusqu'à la fin de la semaine pour répondre aux révélations du rapport explosif publié lundi par l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui l'accuse de "dopage organisé", de ses athlètes jusqu'au sommet de l'Etat. Faute de quoi elle risque une suspension de toute compétition en athlétisme, dont les JO-2016 de Rio.

Une solution radicale en faveur de laquelle ont plaidé mardi les instances sportives australiennes et britanniques. Quitte à punir "un ou deux athlètes russes innocents pour le bien du sport", comme l'a dit président de la Fédération britannique d'athlétisme, Ed Warner.

Au-delà du cas de la Russie, une question brûlante se pose: le scandale va-t-il s'étendre? Si oui, la crédibilité du sport et des valeurs morales qu'il est censé porter recevrait un coup terrible, à neuf mois des JO de Rio et sept de l'Euro de football en France. D'autant que le tableau a déjà été noirci par les accusations de corruption à la Fifa.

- Le Kenya, la Chine et les autres -

"La Russie n'est pas le seul pays, ni l'athlétisme le seul sport, à faire face au problème du dopage organisé", écrit la commission d'enquête indépendante de l'AMA dans son rapport.

Un autre pays semble particulièrement visé. "Le Kenya a un vrai problème. S'ils ne travaillent pas sérieusement (contre le dopage), je pense que quelqu'un le fera pour eux", a assuré lundi le Canadien Dick Pound, président de la Commission indépendante de l'AMA.

Selon plusieurs spécialistes de l'antidopage, le risque existe surtout dans des pays où le régime est fort.

"De telles fraudes ne peuvent être qu'étatiques, avec plusieurs décideurs impliqués dont les services secrets", explique à l'AFP un spécialiste souhaitant garder l'anonymat, qui cite le cas de la Chine.

Il rappelle que, peu de temps avant les JO de Pékin en 2008, un journaliste allemand s'était fait passer pour l'entraîneur d'une nageuse voulant améliorer ses performances, et qu'il "ne lui avait pas fallu longtemps avant que des intermédiaires lui proposent clés en mains un kit de manipulation génétique pour 30.000 euros".

D'autres questions ont été soulevées dans un reportage diffusé en août par la chaîne allemande ARD, dont un premier documentaire, en décembre 2014, a été à l'origine de l'enquête de l'AMA.

Le reportage assurait qu'un tiers des 146 médaillés mondiaux ou olympiques en athlétisme entre 2001 et 2012 pouvait être soupçonné de dopage, dont 18 Kenyans.

L'IAAF a depuis répondu en rappelant qu'un résultat suspect n'était pas forcément synonyme de dopage avéré, d'autant que ces tests n'avaient pas à l'époque été conduits de manière standardisée.

- La natation concernée? -

Quels sont alors les sports potentiellement touchés, en plus de l'athlétisme et du cyclisme avant lui? La natation, le ski de fond et l'aviron sont aussi évoqués dans le rapport.

Dans le reportage de l'ARD, l'ancienne athlète russe Yulia Stepanova, devenue lanceuse d'alerte, témoignait de la présence de sportifs d'autres disciplines dans la salle d'attente du médecin qui lui fournissait des produits.

"Il y avait des nageurs, des entraîneurs et des athlètes d'autres sports, des skieurs de fond...", raconte-t-elle, citée par le rapport.

En septembre, ARD avait révélé, en collaboration avec le journal britannique The Sunday Times, les résultats d'une étude demandée par l'UEFA (Union européenne de football).

Elle portait sur 4.000 échantillons d'urine prélevés sur 879 joueurs en Ligue des champions. Et ses résultats étaient troublants, avec 7,7% de tests affichant des taux de testostérone élevés.

En attendant peut-être de nouvelles révélations, les soupçons qui touchent les Russes ont conduit des athlètes d'autres pays à réclamer des médailles dont ils estiment avoir été lésés à cause du dopage. Parmi eux, l'Américaine Alysia Montano, 5e du 800m des JO de Londres, derrière les Russes Mariya Savinova (or) et Ekaterina Poistogova (bronze), dont le rapport de l'AMA a demandé lundi la suspension à vie.

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