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10/11/2015 07:10 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

Crash russe: les médias égyptiens brandissent la théorie du "complot"

Les médias égyptiens brandissent la théorie du "complot anglo-américain" pour condamner les capitales occidentales qui privilégient publiquement la thèse de l'attentat du groupe jihadiste Etat islamique dans le crash de l'avion russe.

Une caricature à la une du quotidien gouvernemental Al-Ahram compare ainsi la situation à l'"agression tripartite", nom donné par Le Caire à la guerre de Suez déclenchée en 1956 contre l'Egypte par la France, le Royaume-Uni et Israël.

La caricature représente un vieillard déclarant à un jeune homme: "Ce qui se passe dans le Sinaï me rappelle l'agression tripartite de 1956". Le jeune homme, qui porte une chemise sur laquelle est inscrit "J'aime l'Egypte", rétorque: "En effet, nos ennemis sont toujours les mêmes depuis 60 ans. Mais nous l'emporterons si Dieu le veut".

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont été les premiers pays à évoquer l'hypothèse d'un acte terroriste pour expliquer le crash de l'Airbus de la compagnie russe Metrojet qui devait rallier le 31 octobre Saint-Pétersbourg (Russie) au départ de Charm el-Cheikh (Egypte) avec 224 occupants, la plupart des Russes.

Puis, après Moscou qui a radicalement changé d'avis samedi, la France, Israël et d'autres ont admis que l'hypothèse d'une bombe placée à l'intérieur de l'appareil par un passager ou un membre du personnel au sol était la plus probable.

Quelques heures après le drame, la branche égyptienne de l'EI avait affirmé avoir "fait tomber" l'avion dans le désert du Sinaï, leur bastion où ces insurgés jihadistes multiplient les attaques meurtrières contre la police et l'armée.

Le Caire, qui assure qu'aucune conclusion ne peut être tirée avant la fin d'une "longue" enquête, a estimé que Londres et Washington avaient anticipé les résultats des investigations. L'Egypte a également critiqué la décision quasi-immédiate de Londres de rapatrier les quelque 20.000 Britanniques présents à Charm el-Cheikh.

Les médias égyptiens dans leur très grande majorité ont immédiatement commencé à parler d'un "complot anglo-américain" destiné à se "venger" du rapprochement entre Le Caire et Moscou, patent au regard du nombre conséquent de visites rendues au président russe Vladimir Poutine par son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi depuis qu'il a destitué son prédécesseur élu, l'islamiste Mohamed Morsi, en juillet 2013.

- 'Vengeance' -

La Russie a pourtant rapidement emboîté le pas aux Britanniques, six jours après le crash, en commençant à rapatrier massivement ses 80.000 touristes et en interdisant tout vol commercial à destination de l'ensemble de l'Egypte. Lundi, le Premier ministre Dmitri Medvedev a enfoncé le clou en admettant la "possibilité d'un acte terroriste".

Le quotidien Al-Ahram voyait mardi "un complot (...) impliquant les Britanniques et les Américains contre le président Sissi et l'Etat".

Al-Akhbar, un autre quotidien gouvernemental, estimait dans son éditorial que la thèse de l'attentat était "une question politique et économique en premier lieu visant à se venger de l'Egypte et de la Russie".

Il s'agit, estime son auteur Achraf Achmaoui, d'"une tentative flagrante de punir l'Egypte économiquement et financièrement pour son ouverture à la Russie au cours des dernières trois années et la coopération militaire croissante entre les deux pays".

Le journal privé Al-Chorouq publie un reportage sur des touristes britanniques visitant Louxor, très prisé pour ses sites antiques dans le sud du pays. Le titre de l'article affirme: "Des Britanniques à Louxor: nous sommes embarrassés par la position de notre gouvernement".

De même, les télévisions, publiques comme privées, qui ignorent ostensiblement la thèse de l'acte criminel et les départs massifs de touristes, enchaînent les reportages à Charm el-Cheikh et d'autres stations balnéaires présentant des étrangers arrivant dans le pays et proclamant qu'ils y sont ravis et en sécurité.

Un reportage sur les stations balnéaires de la mer Rouge publié par le quotidien gouvernemental Al-Akhbar souligne ainsi que "l'Egypte est sûre et (que) les touristes n'arrêteront pas de la visiter". "20.000 Russes travaillent à Hourghada", affirme-t-il.

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