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10/11/2015 06:52 EST | Actualisé 10/11/2016 00:12 EST

Catalogne: une rupture encore lointaine qui en attendant profite à Rajoy

La rupture avec l'Espagne annoncée par le Parlement catalan est encore loin d'être consommée, mais la menace pourrait profiter au chef du gouvernement conservateur sortant Mariano Rajoy, qui se pose en garant de la stabilité en Espagne à six semaines des élections.

"Tout ce que nous avons approuvé hier est conditionné à la constitution d'un gouvernement" régional, a admis mardi la tête de liste de la coalition indépendantiste Junts pel Si (Ensemble pour le oui), Raul Romeva, au lendemain de l'adoption d'une résolution parlementaire sans précédent, lançant un processus qui doit mener à une séparation en 2017 au plus tard.

La résolution, qualifiée mardi d'"insurrection" par le quotidien de centre gauche El Pais, affirme que le Parlement catalan est "souverain". Elle fixe un délai de 30 jours pour le démarrage de travaux parlementaires visant à mettre en place une administration fiscale et une sécurité sociale catalanes.

Mais, a souligné M. Romeva, "tant qu'il n'y aura pas de gouvernement, les mesures approuvées (lundi) ne pourront pas s'appliquer".

Le gouvernement de Mariano Rajoy a lui déjà annoncé un plan de bataille, passant par une saisine de la Cour constitutionnelle qui ordonnera la suspension de la résolution et d'éventuelles sanctions contre ceux qui ne respecteraient pas sa décision.

L'exécutif peut aussi en théorie recourir à un article de la Constitution, le 155, qui permet de suspendre les compétences de la Catalogne, et d'utiliser le financement de cette région très endettée pour faire pression sur elle.

Les séparatistes ont prévenu qu'ils ne respecteraient plus les décisions de Madrid mais à court terme, les embûches viennent surtout de leur camp.

- Précipice -

Avec 72 sièges sur 135, ils ont en théorie la majorité suffisante pour investir le président régional qui mènera à bien leurs projets, mais qui ?

"Les indépendantistes mènent le pays vers un précipice et ne sont même pas capables de choisir le conducteur", raillait mardi le journal catalan El Periodico (gauche), opposé à l'indépendance.

La coalition Junts pel si -- alliance de partis de gauche et de droite pour l'indépendance -- veut reconduire le sortant Artur Mas, un conservateur, au pouvoir depuis fin 2010. Mais ses alliés de la CUP (Candidature d'unité populaire, extrême gauche), sans lesquels elle ne peut gouverner, le rejettent en raison de sa politique d'austérité.

Après plus d'un mois de négociations, depuis les élections du 27 septembre remportées par les séparatistes avec une majorité en sièges mais pas en voix (47,8%), la CUP n'a pas bougé.

"Sans investiture, il n'y a pas de gouvernement et le processus serait enlisé", a prévenu Artur Mas en défendant sa candidature devant les élus, qui devraient procéder à un premier tour de vote mardi, en principe sans succès pour lui.

- 'plan B' -

En théorie, les parlementaires ont jusqu'au 9 janvier pour trouver un accord, soit après les législatives du 20 décembre en Espagne, qui détermineront aussi l'identité du futur interlocuteur madrilène des séparatistes catalans.

Mariano Rajoy entend bien le rester et dramatise, rassemblant autour de lui les partisans du maintien de la Catalogne en Espagne, unis dans un "pacte pour l'unité", en particulier le Parti socialiste et Ciudadanos (centre-droit), né en Catalogne en 2006 justement pour contrer l'indépendantisme.

Mercredi, Mariano Rajoy doit présider un Conseil des ministres extraordinaire consacré à la Catalogne.

Pour le politologue Anton Losada, le Parti populaire (PP, droite) de Mariano Rajoy, talonné par Cuidadanos et meurtri par la corruption, "ayant vu que son discours sur la reprise économique ne fonctionne pas", avec un chômage toujours au-dessus de 22%, "a recours au plan B: le discours autour de l'"Espagne qui se casse".

Il est vrai que "dans un contexte de crise, les électeurs tendent à voter pour le gouvernement en place", note de son côté le politologue Jose Ignacio Torreblanca, qui souligne toutefois que c'est sous le mandat de Mariano Rajoy que sont apparus "presque la moitié des électeurs indépendantistes".

Dans tous les cas, ajoute-t-il, le chef du gouvernement ne peut répondre que de manière "modérée et très proportionnée", car les "indépendantistes cherchent à construire une nation en s'alimentant du conflit" avec Madrid.

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